{"id":728,"date":"2018-07-20T19:23:19","date_gmt":"2018-07-20T19:23:19","guid":{"rendered":"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/frenchcscr\/chapter\/assignment-maupassant-la-chevelure\/"},"modified":"2020-02-13T15:40:10","modified_gmt":"2020-02-13T15:40:10","slug":"assignment-maupassant-la-chevelure","status":"publish","type":"chapter","link":"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/frenchcscr\/chapter\/assignment-maupassant-la-chevelure\/","title":{"raw":"Assignment: Maupassant, La chevelure","rendered":"Assignment: Maupassant, La chevelure"},"content":{"raw":"<h1 style=\"text-align: center;\">\u00a0<strong>Maupassant, La chevelure<\/strong><\/h1>\n<p style=\"text-align: center;\"><img class=\"size-medium wp-image-725 aligncenter\" src=\"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/app\/uploads\/sites\/69\/2018\/08\/AMICO_BOSTON_103836900-300x227.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"227\"><\/p>\n[audio mp3=\"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/app\/uploads\/sites\/69\/2020\/02\/chevelure.mp3\"][\/audio]\n<p style=\"text-align: center;\">(n'oubliez pas d'\u00e9couter les consignes ci-dessus)<\/p>\n\n\n<hr>\n\n<strong><em>* L'incipit :\u00a0<\/em><\/strong>\n\nLes murs de la cellule \u00e9taient nus, peints \u00e0 la\u00a0<span id=\"idbd6ddd2c8b7e3dc06c1006b1f8c73964\" class=\"rolloverEnabledSpan\">[pb_glossary id=\"3019\"]<strong>chaux<\/strong>[\/pb_glossary]<\/span>. Une fen\u00eatre \u00e9troite et grill\u00e9e,\u00a0<span id=\"id53c0154f4f5bcf89dec207658d8a9930\" class=\"rolloverEnabledSpan\">[pb_glossary id=\"3020\"]<strong>perc\u00e9e<\/strong>[\/pb_glossary]<\/span>\u00a0tr\u00e8s haut de fa\u00e7on qu'on ne\u00a0p\u00fbt\u00a0pas y atteindre, \u00e9clairait cette petite pi\u00e8ce claire et sinistre;\u00a0et le fou, assis sur une chaise de paille, nous regardait d'un oeil fixe, vague et hant\u00e9. Il \u00e9tait fort maigre avec des joues creuses et des cheveux presque blancs qu'on devinait blanchis en quelques mois. Ses v\u00eatements semblaient trop larges pour ses membres secs, pour sa poitrine r\u00e9tr\u00e9cie, pour son ventre creux.\u00a0On sentait cet homme ravag\u00e9,\u00a0<span id=\"id815e2888d11fb878a3c40b94ada85195\" class=\"rolloverEnabledSpan\">[pb_glossary id=\"3021\"]<strong>rong\u00e9<\/strong><\/span><strong>\u00a0par sa pens\u00e9e<\/strong><span id=\"id815e2888d11fb878a3c40b94ada85195\" class=\"rolloverEnabledSpan\">[\/pb_glossary]<\/span>, par une\u00a0Pens\u00e9e, comme un fruit par un ver. Sa\u00a0Folie, son id\u00e9e \u00e9tait l\u00e0, dans cette t\u00eate, obstin\u00e9e, harcelante, d\u00e9vorante. Elle mangeait le corps peu \u00e0 peu. Elle,\u00a0l'Invisible, l'Impalpable, l'Insaisissable, l'Immat\u00e9rielle\u00a0Id\u00e9e\u00a0<span id=\"id697a99aa4e3118dbd810afc49d9083c6\" class=\"rolloverEnabledSpan\">[pb_glossary id=\"3022\"]<strong>minait\u00a0<\/strong><\/span><strong>la chair<\/strong>,<span id=\"id697a99aa4e3118dbd810afc49d9083c6\" class=\"rolloverEnabledSpan\">[\/pb_glossary]<\/span>\u00a0 buvait le sang, \u00e9teignait la vie. Quel myst\u00e8re que cet homme tu\u00e9 par un\u00a0Songe\u00a0! Il faisait peine, peur et piti\u00e9, ce\u00a0Poss\u00e9d\u00e9\u00a0!\u00a0Quel r\u00eave \u00e9trange, \u00e9pouvantable et mortel habitait dans ce front, qu'il plissait de\u00a0<span id=\"id33ac8d70917bff0c3bd1ef87988d467c\" class=\"rolloverEnabledSpan\"><\/span>[pb_glossary id=\"3023\"]<strong><span id=\"id33ac8d70917bff0c3bd1ef87988d467c\" class=\"rolloverEnabledSpan\">rides<\/span>\u00a0profondes<\/strong>[\/pb_glossary], sans cesse\u00a0<span id=\"idd5aa21f3813788f4227eec1b00185c21\" class=\"rolloverEnabledSpan\">[pb_glossary id=\"3024\"]<strong>remuantes<\/strong>[\/pb_glossary]<\/span>\u00a0?\nLe m\u00e9decin me dit:\u00a0\"Il a de terribles acc\u00e8s de fureur, c'est un des d\u00e9ments les plus singuliers que j'ai vus. Il est atteint de folie \u00e9rotique et macabre. C'est une sorte de\u00a0n\u00e9crophile. Il a d'ailleurs \u00e9crit son journal qui nous montre le plus clairement du monde la maladie de son esprit.\u00a0Sa folie y est pour ainsi dire palpable. Si cela vous int\u00e9resse vous pouvez parcourir ce document.\"\u00a0Je suivis le docteur dans son cabinet, et il me remit le journal de ce mis\u00e9rable homme. \"Lisez, dit-il, et vous me direz votre avis.\"\n\n&nbsp;\n\n<hr>\n\n<em><strong>* D\u00e9couverte du meuble :\u00a0<\/strong><\/em>\n\nVoici ce que contenait ce cahier :\nJusqu'\u00e0 l'\u00e2ge de trente-deux ans, je v\u00e9cus tranquille, sans amour. La vie m'apparaissait tr\u00e8s simple, tr\u00e8s bonne et tr\u00e8s facile. J'\u00e9tais riche.\u00a0J'avais du go\u00fbt pour tant de choses que je ne pouvais \u00e9prouver de passion pour rien. C'est bon de vivre ! Je me r\u00e9veillais heureux, chaque jour, pour faire des choses qui me plaisaient, et je me couchais satisfait, avec l'esp\u00e9rance paisible du lendemain et de l'avenir sans souci.\nJ'avais eu quelques ma\u00eetresses sans avoir jamais senti mon coeur affol\u00e9 par le d\u00e9sir ou mon [pb_glossary id=\"3025\"]<strong>\u00e2me\u00a0<span id=\"idff87843d8c726b211990bef7b10bd55e\" class=\"rolloverEnabledSpan\">meurtrie<\/span><\/strong>[\/pb_glossary] d'amour apr\u00e8s la possession. C'est bon de vivre ainsi. C'est meilleur d'aimer, mais terrible. Encore, ceux qui aiment comme tout le monde doivent-ils \u00e9prouver un ardent bonheur,\u00a0moindre\u00a0que le mien peut-\u00eatre, car l'amour est venu me trouver d'une incroyable mani\u00e8re.\n\u00c9tant riche, je recherchais les meubles anciens et les vieux objets; et souvent je pensais aux mains inconnues qui avaient\u00a0palp\u00e9\u00a0ces choses, aux yeux qui les avaient admir\u00e9es, aux coeurs qui les avaient aim\u00e9es, car on aime les choses\u00a0! Je restais souvent pendant des heures, des heures et des heures, \u00e0 regarder une petite montre du si\u00e8cle dernier. Elle \u00e9tait si mignonne, si jolie, avec son \u00e9mail et son or cisel\u00e9. Et elle marchait encore comme au jour o\u00f9 une femme l'avait achet\u00e9e dans le\u00a0<span id=\"id99ffe301a2ddc7e5829c1f362803c75e\" class=\"rolloverEnabledSpan\">[pb_glossary id=\"3026\"]<strong>ravissement<\/strong><\/span><strong>\u00a0de poss\u00e9der<\/strong><span id=\"id99ffe301a2ddc7e5829c1f362803c75e\" class=\"rolloverEnabledSpan\">[\/pb_glossary]<\/span> ce fin bijou. Elle n'avait point cess\u00e9 de palpiter, de vivre sa vie de m\u00e9canique, et elle continuait toujours son tic-tac r\u00e9gulier, depuis un si\u00e8cle pass\u00e9.\u00a0Qui donc l'avait port\u00e9e la premi\u00e8re sur son sein dans la ti\u00e9deur des \u00e9toffes, le coeur de la montre battant contre le coeur de la femme\u00a0? Quelle main l'avait tenue au bout de ses doigts un peu chauds, l'avait tourn\u00e9e, retourn\u00e9e, puis avait essuy\u00e9 les bergers de porcelaine ternis une seconde par la moiteur de la peau\u00a0? Quels yeux avaient \u00e9pi\u00e9 sur ce cadran fleuri l'heure attendue, l'heure ch\u00e9rie, l'heure divine\u00a0?\nComme j'aurais voulu la conna\u00eetre, la voir, la femme qui avait choisi cet objet exquis et rare\u00a0! Elle est morte ! Je suis poss\u00e9d\u00e9 par le d\u00e9sir des femmes d'autrefois; j'aime, de loin, toutes celles qui ont aim\u00e9 ! L'histoire des tendresses pass\u00e9es m'emplit le coeur de regrets. Oh ! la beaut\u00e9, les sourires, les caresses jeunes, les esp\u00e9rances ! Tout cela ne devrait-il pas \u00eatre \u00e9ternel !\nComme j'ai pleur\u00e9, pendant des nuits enti\u00e8res, sur les pauvres femmes de jadis, si belles, si tendres, si douces, dont les bras se sont ouverts pour le baiser et qui sont mortes ! Le baiser est immortel, lui ! Il va de l\u00e8vre en l\u00e8vre, de si\u00e8cle en si\u00e8cle, d'\u00e2ge en \u00e2ge. - Les hommes le recueillent, le donnent et meurent.\nLe pass\u00e9 m'attire, le pr\u00e9sent m'effraie parce que l'avenir c'est la mort. Je regrette tout ce qui s'est fait, je pleure tous ceux qui ont v\u00e9cu; je voudrais arr\u00eater le temps, arr\u00eater l'heure. Mais elle va, elle va, elle passe, elle me prend de seconde en seconde un peu de moi pour le\u00a0<span id=\"id1372215872f3d63ede03edfdf38596b7\" class=\"rolloverEnabledSpan\"><\/span>[pb_glossary id=\"3027\"]<strong><span id=\"id1372215872f3d63ede03edfdf38596b7\" class=\"rolloverEnabledSpan\">n\u00e9ant\u00a0<\/span>de demain<\/strong>[\/pb_glossary]. Et je ne revivrai jamais.\nAdieu celles d'hier. Je vous aime.\nMais je ne suis pas \u00e0 plaindre. Je l'ai trouv\u00e9e, moi, celle que j'attendais; et j'ai go\u00fbt\u00e9 par elle d'incroyables plaisirs.\nJe\u00a0r\u00f4dais\u00a0dans Paris par un matin de soleil, l'\u00e2me en f\u00eate, le pied joyeux, regardant les boutiques avec cet int\u00e9r\u00eat vague du\u00a0fl\u00e2neur. Tout \u00e0 coup, j'aper\u00e7us chez un marchand d'antiquit\u00e9s un meuble italien du XVII\u00b0 si\u00e8cle. Il \u00e9tait fort beau, fort rare. Je l'attribuai \u00e0 un artiste v\u00e9nitien du nom de Vitelli, qui fut c\u00e9l\u00e8bre \u00e0 cette \u00e9poque.\nPuis je passai.\nPourquoi le souvenir de ce meuble me poursuivit-il avec tant de force que je revins sur mes pas\u00a0? Je m'arr\u00eatai de nouveau devant le magasin pour le revoir, et je sentis qu'il me tentait.\nQuelle singuli\u00e8re chose que la tentation ! On regarde un objet et, peu \u00e0 peu, il vous s\u00e9duit, vous trouble, vous envahit comme ferait un visage de femme. Son charme entre en vous, charme \u00e9trange qui vient de sa forme, de sa couleur, de sa physionomie de chose ; et on l'aime d\u00e9j\u00e0, on le d\u00e9sire, on le veut. Un besoin de possession vous gagne, besoin doux d'abord, comme timide, mais qui s'accro\u00eet, devient violent, irr\u00e9sistible. Et les marchands semblent deviner \u00e0 la flamme du regard l'envie secr\u00e8te et grandissante.\nJ'achetai ce meuble et je le fis porter chez moi tout de suite. Je le pla\u00e7ai dans ma chambre.\nOh ! je plains ceux qui ne connaissent pas cette lune de miel du collectionneur avec le bibelot qu'il vient d'acheter. On le caresse de l'oeil et de la main comme s'il \u00e9tait de chair; on revient \u00e0 tout moment pr\u00e8s de lui, on y pense toujours, o\u00f9 qu'on aille, quoi qu'on fasse. Son souvenir aim\u00e9 vous suit dans la rue, dans le monde, partout; et quand on rentre chez soi, avant m\u00eame d'avoir \u00f4t\u00e9 ses gants et son chapeau, on va le contempler avec une tendresse d'amant.\nVraiment, pendant huit jours, j'adorai ce meuble. J'ouvrai \u00e0 chaque instant ses portes, ses tiroirs; je le maniais avec ravissement, go\u00fbtant toutes les joies intimes de la possession.\n\n&nbsp;\n\n<hr>\n\n<strong><em>*Obsession sur la chevelure :\u00a0<\/em><\/strong>\n\nOr, un soir, je m'aper\u00e7us, en t\u00e2tant l'\u00e9paisseur d'un panneau, qu'il devait y avoir l\u00e0 une cachette. Mon coeur se mit \u00e0 battre, et je passai la nuit \u00e0 chercher le secret sans le pouvoir d\u00e9couvrir.\nJ'y parvins le lendemain en enfon\u00e7ant une lame dans une fente de la boiserie. Une planche glissa et j'aper\u00e7us, \u00e9tal\u00e9e sur un fond de velours noir, une merveilleuse chevelure de femme\u00a0!\nOui, une chevelure, une \u00e9norme natte de cheveux blonds, presque roux, qui avaient d\u00fb \u00eatre coup\u00e9s contre la peau, et li\u00e9s par une corde d'or.\nJe demeurai stup\u00e9fait, tremblant, troubl\u00e9 ! Un parfum presque insensible, si vieux qu'il semblait\u00a0l'\u00e2me d'une odeur, s'envolait de ce tiroir myst\u00e9rieux et de cette surprenante relique.\nJe la pris, doucement, presque religieusement, et je la tirai de sa cachette. Aussit\u00f4t elle se d\u00e9roula, r\u00e9pandant son flot dor\u00e9 qui tomba jusqu'\u00e0 terre, \u00e9pais et l\u00e9ger, souple et brillant comme la queue en feu d'une com\u00e8te.\nUne \u00e9motion \u00e9trange me saisit.\u00a0Qu'\u00e9tait-ce que cela\u00a0? Quand\u00a0? comment\u00a0? pourquoi ces cheveux avaient-ils \u00e9t\u00e9 enferm\u00e9s dans ce meuble ? Quelle aventure, quel drame cachait ce souvenir ? Qui les avait coup\u00e9s ? un amant, un jour d'adieu ? un mari, un jour de vengeance ? ou bien celle qui les avait port\u00e9s sur son front, un jour de d\u00e9sespoir ?\nEtait-ce \u00e0 l'heure d'entrer au clo\u00eetre qu'on avait jet\u00e9 l\u00e0 cette fortune d'amour, comme un gage laiss\u00e9 au monde des vivants ? Etait-ce \u00e0 l'heure de la clouer dans la tombe, la jeune et belle morte, que celui qui l'adorait avait gard\u00e9 la parure de sa t\u00eate, la seule chose qu'il p\u00fbt conserver d'elle, la seule partie vivante de sa chair qui ne d\u00fbt point pourrir, la seule qu'il pouvait aimer encore et caresser, et baiser dans ses rages de douleur ?\nN'\u00e9tait-ce point \u00e9trange que cette chevelure f\u00fbt demeur\u00e9e ainsi, alors qu'il ne restait plus une parcelle du corps dont elle \u00e9tait n\u00e9e ?\nElle me coulait sur les doigts, me\u00a0<span id=\"id49e193a82aefb2a8d17432c2c672700b\" class=\"rolloverEnabledSpan\">[pb_glossary id=\"3028\"]<strong>chatouillait<\/strong>[\/pb_glossary]<\/span>\u00a0la peau d'une caresse singuli\u00e8re, d'une caresse de morte. Je me sentais attendri comme si j'allais pleurer.\nJe la gardai longtemps, longtemps en mes mains, puis il me sembla qu'elle m'agitait, comme si quelque chose de l'\u00e2me f\u00fbt rest\u00e9 cach\u00e9 dedans. Et je la remis sur le velours terni par le temps, et je repoussai le tiroir, et je refermai le meuble, et je m'en allai par les rues pour r\u00eaver.\nJ'allais devant moi, plein de tristesse, et aussi plein de trouble, de ce trouble qui vous reste au coeur apr\u00e8s un baiser d'amour. Il me semblait que j'avais v\u00e9cu autrefois d\u00e9j\u00e0, que j'avais d\u00fb conna\u00eetre cette femme.\nEt les vers de Villon me mont\u00e8rent aux l\u00e8vres, ainsi qu'y monte un sanglot:\nDictes-moy o\u00f9, ne en quel pays\nEst Flora, la belle Romaine,\nArchipiada, ne Tha\u00efs,\nQui fut sa cousine germaine ?\nEcho parlant quand bruyt on maine\nDessus rivi\u00e8re, ou sus estan ;\nQui beaut\u00e9 eut plus que humaine ?\nMais o\u00f9 sont les neiges d'antan ?\n..................................\nLa royne blanche comme un lys\nQui chantait \u00e0 voix de sereine,\nBerthe au grand pied, Bietris, Allys,\nHarembouges qui tint le Mayne,\nEt Jehanne la bonne Lorraine\nQue Anglais brusl\u00e8rent \u00e0 Rouen ?\nO\u00f9 sont-ils, Vierge souveraine ?\nMais o\u00f9 sont les neiges d'antan ?\n\nQuand je rentrai chez moi, j'\u00e9prouvai un irr\u00e9sistible d\u00e9sir de revoir mon \u00e9trange trouvaille; et je la repris, et je sentis, en la touchant, un long frisson qui me courut dans les membres.\nDurant quelques jours, il fallait que je la visse et que je la maniasse. Je tournais la clef de l'armoire avec ce fr\u00e9missement qu'on a en ouvrant la porte de la bien-aim\u00e9e, car j'avais aux mains et au coeur un besoin confus, singulier, continu, sensuel de tremper mes doigts dans ce ruisseau charmant de cheveux morts.\nPuis, quand j'avais fini de la caresser, quand j'avais referm\u00e9 le meuble, je la sentais l\u00e0 toujours, comme si elle e\u00fbt \u00e9t\u00e9 un \u00eatre vivant, cach\u00e9, prisonnier; je la sentais et je la d\u00e9sirais encore ; j'avais de nouveau le [pb_glossary id=\"3029\"]<strong>besoin\u00a0<span id=\"id2bee82d7a3e5d82507986514e7a8b35b\" class=\"rolloverEnabledSpan\">imp\u00e9rieux<\/span><\/strong>[\/pb_glossary]<span id=\"id2bee82d7a3e5d82507986514e7a8b35b\" class=\"rolloverEnabledSpan\">\u00a0<\/span>de la reprendre, de la palper, de m'\u00e9nerver jusqu'au malaise par ce contact froid, glissant, irritant, affolant, d\u00e9licieux.\nJe v\u00e9cus ainsi un mois ou deux, je ne sais plus. Elle m'obs\u00e9dait, me hantait. J'\u00e9tais heureux et tortur\u00e9, comme dans une attente d'amour, comme apr\u00e8s les aveux qui pr\u00e9c\u00e8dent [pb_glossary id=\"3030\"]<strong>l'<span id=\"id034ce6933993d899d2d8f5602d78da0e\" class=\"rolloverEnabledSpan\">\u00e9treinte<\/span><\/strong>[\/pb_glossary]<span id=\"id034ce6933993d899d2d8f5602d78da0e\" class=\"rolloverEnabledSpan\"><\/span>.\nJe m'enfermais seul avec elle pour la sentir sur ma peau, pour enfoncer mes l\u00e8vres dedans, pour la baiser, la mordre. Je l'enroulais autour de mon visage, je la buvais, je noyais mes yeux dans son onde dor\u00e9e afin de voir le jour blond, \u00e0 travers.\nJe l'aimais ! Oui, je l'aimais. Je ne pouvais plus me passer d'elle, ni rester une heure sans la revoir.\nEt j'attendais...j'attendais...quoi ? Je ne le savais pas ?\n- Elle.\nUne nuit je me r\u00e9veillai brusquement avec la pens\u00e9e que je ne me trouvais pas seul dans ma chambre.\nJ'\u00e9tais seul pourtant. Mais je ne pus me rendormir ; et comme je m'agitais dans une fi\u00e8vre d'insomnie, je me levai pour aller toucher la chevelure. Elle me parut plus douce que de coutume, plus anim\u00e9e. Les morts reviennent-ils\u00a0? Les baisers dont je la r\u00e9chauffais me faisaient\u00a0<span id=\"id747527f9fd1f98bc94e224c4623900ea\" class=\"rolloverEnabledSpan\">[pb_glossary id=\"3031\"]<strong>d\u00e9faillir<\/strong>[\/pb_glossary]<\/span>\u00a0de bonheur ; et je l'emportai dans mon lit, et je me couchai, en la pressant sur mes l\u00e8vres,\u00a0comme une ma\u00eetresse qu'on va poss\u00e9der.\nLes morts reviennent ! Elle est venue. Oui, je l'ai vue, je l'ai tenue, je l'ai eue, telle qu'elle \u00e9tait vivante autrefois, grande, blonde, grasse, les seins froids, la hanche en forme de lyre; et j'ai parcouru de mes caresses cette ligne ondulante et divine qui va de la gorge aux pieds en suivant toutes les courbes de la chair.\nOui, je l'ai eue, tous les jours, toutes les nuits. Elle est revenue, la Morte, la belle morte, l'Adorable, la Myst\u00e9rieuse, l'Inconnue, toutes les nuits.\nMon bonheur fut si grand, que je ne l'ai pu cacher. J'\u00e9prouvais pr\u00e8s d'elle un ravissement surhumain, la joie profonde, inexplicable, de poss\u00e9der [pb_glossary id=\"3032\"]<strong>l'<span id=\"id78b3e1b20c985886b53a2cf73478d59e\" class=\"rolloverEnabledSpan\">Insaisissable<\/span><\/strong>[\/pb_glossary]<span id=\"id78b3e1b20c985886b53a2cf73478d59e\" class=\"rolloverEnabledSpan\"><\/span>, l'Invisible, la Morte ! Nul amant ne go\u00fbta des jouissances plus ardentes, plus terribles !\nJe n'ai point su cacher mon bonheur. Je l'aimais si fort que je n'ai plus voulu la quitter. Je l'ai emport\u00e9e avec moi toujours, partout. Je l'ai promen\u00e9e par la ville comme ma femme, et conduite au th\u00e9\u00e2tre en des loges grill\u00e9es, comme ma ma\u00eetresse...\nMais on l'a vue ... on a devin\u00e9 ... on me l'a prise ... Et on m'a jet\u00e9 dans une prison, comme un malfaiteur. On l'a prise ... oh ! mis\u00e8re !...\n\n&nbsp;\n\n<hr>\n\n<strong><em>Excipit :\u00a0<\/em><\/strong>\n\nLe manuscrit s'arr\u00eatait l\u00e0. Et soudain, comme je relevais sur le m\u00e9decin des yeux effar\u00e9s, un cri \u00e9pouvantable, un hurlement de fureur impuissante et de d\u00e9sir exasp\u00e9r\u00e9 s'\u00e9leva dans l'asile.\n\"Ecoutez-le, dit le docteur. Il faut doucher cinq fois par jour ce fou obsc\u00e8ne. Il n'y a pas que le sergent Bertrand qui ait aim\u00e9 les mortes.\"\nJe balbutiai, \u00e9mu d'\u00e9tonnement, d'horreur et de piti\u00e9:\n\"Mais... cette chevelure... existe-t-elle r\u00e9ellement\u00a0?\"\nLe m\u00e9decin se leva, ouvrit une armoire pleine de\u00a0<span id=\"idbb6ce34c209cd38566e7a6472c4def35\" class=\"rolloverEnabledSpan\">[pb_glossary id=\"3033\"]<strong>fioles<\/strong>[\/pb_glossary]<\/span>\u00a0et d'instruments et il me jeta, \u00e0 travers son cabinet, une longue fus\u00e9e de cheveux blonds qui vola vers moi comme un oiseau d'or.\nJe fr\u00e9mis en sentant sur mes mains son toucher caressant et l\u00e9ger. Et je restai le coeur battant de d\u00e9go\u00fbt et d'envie, de d\u00e9go\u00fbt comme au contact des objets tra\u00een\u00e9s dans les crimes, d'envie comme devant la tentation d'une chose inf\u00e2me et myst\u00e9rieuse.\nLe m\u00e9decin reprit en haussant les \u00e9paules :\n\"L'esprit de l'homme est capable de tout.\"\n\n<hr>\n\n<img class=\"alignnone size-medium wp-image-726 aligncenter\" src=\"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/app\/uploads\/sites\/69\/2020\/02\/chevelure-223x300.gif\" alt=\"\" width=\"223\" height=\"300\">\n<p style=\"text-align: center;\"><span id=\"id2b9f0dd3-6086-587f-df29-308fc319622d\" class=\"dam_lg_auteur\">Henri-Edmond Cross<\/span><span id=\"id1c463d94-7c47-986a-a94f-374b09d88911\" class=\"dam_lg_titre\">,\u00a0<em>La chevelure<\/em><\/span><span id=\"ida6395661-8c52-79e6-95b1-aa4348a46278\" class=\"dam_lg_date\">\u00a0(vers 1892<\/span>)<\/p>","rendered":"<h1 style=\"text-align: center;\">\u00a0<strong>Maupassant, La chevelure<\/strong><\/h1>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-725 aligncenter\" src=\"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/app\/uploads\/sites\/69\/2018\/08\/AMICO_BOSTON_103836900-300x227.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"227\" srcset=\"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/app\/uploads\/sites\/69\/2018\/08\/AMICO_BOSTON_103836900-300x227.jpg 300w, https:\/\/integrations.pressbooks.network\/app\/uploads\/sites\/69\/2018\/08\/AMICO_BOSTON_103836900-768x581.jpg 768w, https:\/\/integrations.pressbooks.network\/app\/uploads\/sites\/69\/2018\/08\/AMICO_BOSTON_103836900-65x49.jpg 65w, https:\/\/integrations.pressbooks.network\/app\/uploads\/sites\/69\/2018\/08\/AMICO_BOSTON_103836900-225x170.jpg 225w, https:\/\/integrations.pressbooks.network\/app\/uploads\/sites\/69\/2018\/08\/AMICO_BOSTON_103836900-350x265.jpg 350w, https:\/\/integrations.pressbooks.network\/app\/uploads\/sites\/69\/2018\/08\/AMICO_BOSTON_103836900.jpg 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p><audio class=\"wp-audio-shortcode\" id=\"audio-728-1\" preload=\"none\" style=\"width: 100%;\" controls=\"controls\"><source type=\"audio\/mpeg\" src=\"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/app\/uploads\/sites\/69\/2020\/02\/chevelure.mp3?_=1\" \/><a href=\"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/app\/uploads\/sites\/69\/2020\/02\/chevelure.mp3\">https:\/\/integrations.pressbooks.network\/app\/uploads\/sites\/69\/2020\/02\/chevelure.mp3<\/a><\/audio><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">(n&#8217;oubliez pas d&#8217;\u00e9couter les consignes ci-dessus)<\/p>\n<hr \/>\n<p><strong><em>* L&#8217;incipit :\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Les murs de la cellule \u00e9taient nus, peints \u00e0 la\u00a0<span id=\"idbd6ddd2c8b7e3dc06c1006b1f8c73964\" class=\"rolloverEnabledSpan\"><a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_728_3019\"><strong>chaux<\/strong><\/a><\/span>. Une fen\u00eatre \u00e9troite et grill\u00e9e,\u00a0<span id=\"id53c0154f4f5bcf89dec207658d8a9930\" class=\"rolloverEnabledSpan\"><a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_728_3020\"><strong>perc\u00e9e<\/strong><\/a><\/span>\u00a0tr\u00e8s haut de fa\u00e7on qu&#8217;on ne\u00a0p\u00fbt\u00a0pas y atteindre, \u00e9clairait cette petite pi\u00e8ce claire et sinistre;\u00a0et le fou, assis sur une chaise de paille, nous regardait d&#8217;un oeil fixe, vague et hant\u00e9. Il \u00e9tait fort maigre avec des joues creuses et des cheveux presque blancs qu&#8217;on devinait blanchis en quelques mois. Ses v\u00eatements semblaient trop larges pour ses membres secs, pour sa poitrine r\u00e9tr\u00e9cie, pour son ventre creux.\u00a0On sentait cet homme ravag\u00e9,\u00a0<span id=\"id815e2888d11fb878a3c40b94ada85195\" class=\"rolloverEnabledSpan\"><a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_728_3021\"><strong>rong\u00e9<\/strong><\/span><strong>\u00a0par sa pens\u00e9e<\/strong><span id=\"id815e2888d11fb878a3c40b94ada85195\" class=\"rolloverEnabledSpan\"><\/a><\/span>, par une\u00a0Pens\u00e9e, comme un fruit par un ver. Sa\u00a0Folie, son id\u00e9e \u00e9tait l\u00e0, dans cette t\u00eate, obstin\u00e9e, harcelante, d\u00e9vorante. Elle mangeait le corps peu \u00e0 peu. Elle,\u00a0l&#8217;Invisible, l&#8217;Impalpable, l&#8217;Insaisissable, l&#8217;Immat\u00e9rielle\u00a0Id\u00e9e\u00a0<span id=\"id697a99aa4e3118dbd810afc49d9083c6\" class=\"rolloverEnabledSpan\"><a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_728_3022\"><strong>minait\u00a0<\/strong><\/span><strong>la chair<\/strong>,<span id=\"id697a99aa4e3118dbd810afc49d9083c6\" class=\"rolloverEnabledSpan\"><\/a><\/span>\u00a0 buvait le sang, \u00e9teignait la vie. Quel myst\u00e8re que cet homme tu\u00e9 par un\u00a0Songe\u00a0! Il faisait peine, peur et piti\u00e9, ce\u00a0Poss\u00e9d\u00e9\u00a0!\u00a0Quel r\u00eave \u00e9trange, \u00e9pouvantable et mortel habitait dans ce front, qu&#8217;il plissait de\u00a0<span id=\"id33ac8d70917bff0c3bd1ef87988d467c\" class=\"rolloverEnabledSpan\"><\/span><a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_728_3023\"><strong><span id=\"id33ac8d70917bff0c3bd1ef87988d467c\" class=\"rolloverEnabledSpan\">rides<\/span>\u00a0profondes<\/strong><\/a>, sans cesse\u00a0<span id=\"idd5aa21f3813788f4227eec1b00185c21\" class=\"rolloverEnabledSpan\"><a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_728_3024\"><strong>remuantes<\/strong><\/a><\/span>\u00a0?<br \/>\nLe m\u00e9decin me dit:\u00a0&#8220;Il a de terribles acc\u00e8s de fureur, c&#8217;est un des d\u00e9ments les plus singuliers que j&#8217;ai vus. Il est atteint de folie \u00e9rotique et macabre. C&#8217;est une sorte de\u00a0n\u00e9crophile. Il a d&#8217;ailleurs \u00e9crit son journal qui nous montre le plus clairement du monde la maladie de son esprit.\u00a0Sa folie y est pour ainsi dire palpable. Si cela vous int\u00e9resse vous pouvez parcourir ce document.&#8221;\u00a0Je suivis le docteur dans son cabinet, et il me remit le journal de ce mis\u00e9rable homme. &#8220;Lisez, dit-il, et vous me direz votre avis.&#8221;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<p><em><strong>* D\u00e9couverte du meuble :\u00a0<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Voici ce que contenait ce cahier :<br \/>\nJusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;\u00e2ge de trente-deux ans, je v\u00e9cus tranquille, sans amour. La vie m&#8217;apparaissait tr\u00e8s simple, tr\u00e8s bonne et tr\u00e8s facile. J&#8217;\u00e9tais riche.\u00a0J&#8217;avais du go\u00fbt pour tant de choses que je ne pouvais \u00e9prouver de passion pour rien. C&#8217;est bon de vivre ! Je me r\u00e9veillais heureux, chaque jour, pour faire des choses qui me plaisaient, et je me couchais satisfait, avec l&#8217;esp\u00e9rance paisible du lendemain et de l&#8217;avenir sans souci.<br \/>\nJ&#8217;avais eu quelques ma\u00eetresses sans avoir jamais senti mon coeur affol\u00e9 par le d\u00e9sir ou mon <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_728_3025\"><strong>\u00e2me\u00a0<span id=\"idff87843d8c726b211990bef7b10bd55e\" class=\"rolloverEnabledSpan\">meurtrie<\/span><\/strong><\/a> d&#8217;amour apr\u00e8s la possession. C&#8217;est bon de vivre ainsi. C&#8217;est meilleur d&#8217;aimer, mais terrible. Encore, ceux qui aiment comme tout le monde doivent-ils \u00e9prouver un ardent bonheur,\u00a0moindre\u00a0que le mien peut-\u00eatre, car l&#8217;amour est venu me trouver d&#8217;une incroyable mani\u00e8re.<br \/>\n\u00c9tant riche, je recherchais les meubles anciens et les vieux objets; et souvent je pensais aux mains inconnues qui avaient\u00a0palp\u00e9\u00a0ces choses, aux yeux qui les avaient admir\u00e9es, aux coeurs qui les avaient aim\u00e9es, car on aime les choses\u00a0! Je restais souvent pendant des heures, des heures et des heures, \u00e0 regarder une petite montre du si\u00e8cle dernier. Elle \u00e9tait si mignonne, si jolie, avec son \u00e9mail et son or cisel\u00e9. Et elle marchait encore comme au jour o\u00f9 une femme l&#8217;avait achet\u00e9e dans le\u00a0<span id=\"id99ffe301a2ddc7e5829c1f362803c75e\" class=\"rolloverEnabledSpan\"><a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_728_3026\"><strong>ravissement<\/strong><\/span><strong>\u00a0de poss\u00e9der<\/strong><span id=\"id99ffe301a2ddc7e5829c1f362803c75e\" class=\"rolloverEnabledSpan\"><\/a><\/span> ce fin bijou. Elle n&#8217;avait point cess\u00e9 de palpiter, de vivre sa vie de m\u00e9canique, et elle continuait toujours son tic-tac r\u00e9gulier, depuis un si\u00e8cle pass\u00e9.\u00a0Qui donc l&#8217;avait port\u00e9e la premi\u00e8re sur son sein dans la ti\u00e9deur des \u00e9toffes, le coeur de la montre battant contre le coeur de la femme\u00a0? Quelle main l&#8217;avait tenue au bout de ses doigts un peu chauds, l&#8217;avait tourn\u00e9e, retourn\u00e9e, puis avait essuy\u00e9 les bergers de porcelaine ternis une seconde par la moiteur de la peau\u00a0? Quels yeux avaient \u00e9pi\u00e9 sur ce cadran fleuri l&#8217;heure attendue, l&#8217;heure ch\u00e9rie, l&#8217;heure divine\u00a0?<br \/>\nComme j&#8217;aurais voulu la conna\u00eetre, la voir, la femme qui avait choisi cet objet exquis et rare\u00a0! Elle est morte ! Je suis poss\u00e9d\u00e9 par le d\u00e9sir des femmes d&#8217;autrefois; j&#8217;aime, de loin, toutes celles qui ont aim\u00e9 ! L&#8217;histoire des tendresses pass\u00e9es m&#8217;emplit le coeur de regrets. Oh ! la beaut\u00e9, les sourires, les caresses jeunes, les esp\u00e9rances ! Tout cela ne devrait-il pas \u00eatre \u00e9ternel !<br \/>\nComme j&#8217;ai pleur\u00e9, pendant des nuits enti\u00e8res, sur les pauvres femmes de jadis, si belles, si tendres, si douces, dont les bras se sont ouverts pour le baiser et qui sont mortes ! Le baiser est immortel, lui ! Il va de l\u00e8vre en l\u00e8vre, de si\u00e8cle en si\u00e8cle, d&#8217;\u00e2ge en \u00e2ge. &#8211; Les hommes le recueillent, le donnent et meurent.<br \/>\nLe pass\u00e9 m&#8217;attire, le pr\u00e9sent m&#8217;effraie parce que l&#8217;avenir c&#8217;est la mort. Je regrette tout ce qui s&#8217;est fait, je pleure tous ceux qui ont v\u00e9cu; je voudrais arr\u00eater le temps, arr\u00eater l&#8217;heure. Mais elle va, elle va, elle passe, elle me prend de seconde en seconde un peu de moi pour le\u00a0<span id=\"id1372215872f3d63ede03edfdf38596b7\" class=\"rolloverEnabledSpan\"><\/span><a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_728_3027\"><strong><span id=\"id1372215872f3d63ede03edfdf38596b7\" class=\"rolloverEnabledSpan\">n\u00e9ant\u00a0<\/span>de demain<\/strong><\/a>. Et je ne revivrai jamais.<br \/>\nAdieu celles d&#8217;hier. Je vous aime.<br \/>\nMais je ne suis pas \u00e0 plaindre. Je l&#8217;ai trouv\u00e9e, moi, celle que j&#8217;attendais; et j&#8217;ai go\u00fbt\u00e9 par elle d&#8217;incroyables plaisirs.<br \/>\nJe\u00a0r\u00f4dais\u00a0dans Paris par un matin de soleil, l&#8217;\u00e2me en f\u00eate, le pied joyeux, regardant les boutiques avec cet int\u00e9r\u00eat vague du\u00a0fl\u00e2neur. Tout \u00e0 coup, j&#8217;aper\u00e7us chez un marchand d&#8217;antiquit\u00e9s un meuble italien du XVII\u00b0 si\u00e8cle. Il \u00e9tait fort beau, fort rare. Je l&#8217;attribuai \u00e0 un artiste v\u00e9nitien du nom de Vitelli, qui fut c\u00e9l\u00e8bre \u00e0 cette \u00e9poque.<br \/>\nPuis je passai.<br \/>\nPourquoi le souvenir de ce meuble me poursuivit-il avec tant de force que je revins sur mes pas\u00a0? Je m&#8217;arr\u00eatai de nouveau devant le magasin pour le revoir, et je sentis qu&#8217;il me tentait.<br \/>\nQuelle singuli\u00e8re chose que la tentation ! On regarde un objet et, peu \u00e0 peu, il vous s\u00e9duit, vous trouble, vous envahit comme ferait un visage de femme. Son charme entre en vous, charme \u00e9trange qui vient de sa forme, de sa couleur, de sa physionomie de chose ; et on l&#8217;aime d\u00e9j\u00e0, on le d\u00e9sire, on le veut. Un besoin de possession vous gagne, besoin doux d&#8217;abord, comme timide, mais qui s&#8217;accro\u00eet, devient violent, irr\u00e9sistible. Et les marchands semblent deviner \u00e0 la flamme du regard l&#8217;envie secr\u00e8te et grandissante.<br \/>\nJ&#8217;achetai ce meuble et je le fis porter chez moi tout de suite. Je le pla\u00e7ai dans ma chambre.<br \/>\nOh ! je plains ceux qui ne connaissent pas cette lune de miel du collectionneur avec le bibelot qu&#8217;il vient d&#8217;acheter. On le caresse de l&#8217;oeil et de la main comme s&#8217;il \u00e9tait de chair; on revient \u00e0 tout moment pr\u00e8s de lui, on y pense toujours, o\u00f9 qu&#8217;on aille, quoi qu&#8217;on fasse. Son souvenir aim\u00e9 vous suit dans la rue, dans le monde, partout; et quand on rentre chez soi, avant m\u00eame d&#8217;avoir \u00f4t\u00e9 ses gants et son chapeau, on va le contempler avec une tendresse d&#8217;amant.<br \/>\nVraiment, pendant huit jours, j&#8217;adorai ce meuble. J&#8217;ouvrai \u00e0 chaque instant ses portes, ses tiroirs; je le maniais avec ravissement, go\u00fbtant toutes les joies intimes de la possession.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<p><strong><em>*Obsession sur la chevelure :\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Or, un soir, je m&#8217;aper\u00e7us, en t\u00e2tant l&#8217;\u00e9paisseur d&#8217;un panneau, qu&#8217;il devait y avoir l\u00e0 une cachette. Mon coeur se mit \u00e0 battre, et je passai la nuit \u00e0 chercher le secret sans le pouvoir d\u00e9couvrir.<br \/>\nJ&#8217;y parvins le lendemain en enfon\u00e7ant une lame dans une fente de la boiserie. Une planche glissa et j&#8217;aper\u00e7us, \u00e9tal\u00e9e sur un fond de velours noir, une merveilleuse chevelure de femme\u00a0!<br \/>\nOui, une chevelure, une \u00e9norme natte de cheveux blonds, presque roux, qui avaient d\u00fb \u00eatre coup\u00e9s contre la peau, et li\u00e9s par une corde d&#8217;or.<br \/>\nJe demeurai stup\u00e9fait, tremblant, troubl\u00e9 ! Un parfum presque insensible, si vieux qu&#8217;il semblait\u00a0l&#8217;\u00e2me d&#8217;une odeur, s&#8217;envolait de ce tiroir myst\u00e9rieux et de cette surprenante relique.<br \/>\nJe la pris, doucement, presque religieusement, et je la tirai de sa cachette. Aussit\u00f4t elle se d\u00e9roula, r\u00e9pandant son flot dor\u00e9 qui tomba jusqu&#8217;\u00e0 terre, \u00e9pais et l\u00e9ger, souple et brillant comme la queue en feu d&#8217;une com\u00e8te.<br \/>\nUne \u00e9motion \u00e9trange me saisit.\u00a0Qu&#8217;\u00e9tait-ce que cela\u00a0? Quand\u00a0? comment\u00a0? pourquoi ces cheveux avaient-ils \u00e9t\u00e9 enferm\u00e9s dans ce meuble ? Quelle aventure, quel drame cachait ce souvenir ? Qui les avait coup\u00e9s ? un amant, un jour d&#8217;adieu ? un mari, un jour de vengeance ? ou bien celle qui les avait port\u00e9s sur son front, un jour de d\u00e9sespoir ?<br \/>\nEtait-ce \u00e0 l&#8217;heure d&#8217;entrer au clo\u00eetre qu&#8217;on avait jet\u00e9 l\u00e0 cette fortune d&#8217;amour, comme un gage laiss\u00e9 au monde des vivants ? Etait-ce \u00e0 l&#8217;heure de la clouer dans la tombe, la jeune et belle morte, que celui qui l&#8217;adorait avait gard\u00e9 la parure de sa t\u00eate, la seule chose qu&#8217;il p\u00fbt conserver d&#8217;elle, la seule partie vivante de sa chair qui ne d\u00fbt point pourrir, la seule qu&#8217;il pouvait aimer encore et caresser, et baiser dans ses rages de douleur ?<br \/>\nN&#8217;\u00e9tait-ce point \u00e9trange que cette chevelure f\u00fbt demeur\u00e9e ainsi, alors qu&#8217;il ne restait plus une parcelle du corps dont elle \u00e9tait n\u00e9e ?<br \/>\nElle me coulait sur les doigts, me\u00a0<span id=\"id49e193a82aefb2a8d17432c2c672700b\" class=\"rolloverEnabledSpan\"><a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_728_3028\"><strong>chatouillait<\/strong><\/a><\/span>\u00a0la peau d&#8217;une caresse singuli\u00e8re, d&#8217;une caresse de morte. Je me sentais attendri comme si j&#8217;allais pleurer.<br \/>\nJe la gardai longtemps, longtemps en mes mains, puis il me sembla qu&#8217;elle m&#8217;agitait, comme si quelque chose de l&#8217;\u00e2me f\u00fbt rest\u00e9 cach\u00e9 dedans. Et je la remis sur le velours terni par le temps, et je repoussai le tiroir, et je refermai le meuble, et je m&#8217;en allai par les rues pour r\u00eaver.<br \/>\nJ&#8217;allais devant moi, plein de tristesse, et aussi plein de trouble, de ce trouble qui vous reste au coeur apr\u00e8s un baiser d&#8217;amour. Il me semblait que j&#8217;avais v\u00e9cu autrefois d\u00e9j\u00e0, que j&#8217;avais d\u00fb conna\u00eetre cette femme.<br \/>\nEt les vers de Villon me mont\u00e8rent aux l\u00e8vres, ainsi qu&#8217;y monte un sanglot:<br \/>\nDictes-moy o\u00f9, ne en quel pays<br \/>\nEst Flora, la belle Romaine,<br \/>\nArchipiada, ne Tha\u00efs,<br \/>\nQui fut sa cousine germaine ?<br \/>\nEcho parlant quand bruyt on maine<br \/>\nDessus rivi\u00e8re, ou sus estan ;<br \/>\nQui beaut\u00e9 eut plus que humaine ?<br \/>\nMais o\u00f9 sont les neiges d&#8217;antan ?<br \/>\n&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;.<br \/>\nLa royne blanche comme un lys<br \/>\nQui chantait \u00e0 voix de sereine,<br \/>\nBerthe au grand pied, Bietris, Allys,<br \/>\nHarembouges qui tint le Mayne,<br \/>\nEt Jehanne la bonne Lorraine<br \/>\nQue Anglais brusl\u00e8rent \u00e0 Rouen ?<br \/>\nO\u00f9 sont-ils, Vierge souveraine ?<br \/>\nMais o\u00f9 sont les neiges d&#8217;antan ?<\/p>\n<p>Quand je rentrai chez moi, j&#8217;\u00e9prouvai un irr\u00e9sistible d\u00e9sir de revoir mon \u00e9trange trouvaille; et je la repris, et je sentis, en la touchant, un long frisson qui me courut dans les membres.<br \/>\nDurant quelques jours, il fallait que je la visse et que je la maniasse. Je tournais la clef de l&#8217;armoire avec ce fr\u00e9missement qu&#8217;on a en ouvrant la porte de la bien-aim\u00e9e, car j&#8217;avais aux mains et au coeur un besoin confus, singulier, continu, sensuel de tremper mes doigts dans ce ruisseau charmant de cheveux morts.<br \/>\nPuis, quand j&#8217;avais fini de la caresser, quand j&#8217;avais referm\u00e9 le meuble, je la sentais l\u00e0 toujours, comme si elle e\u00fbt \u00e9t\u00e9 un \u00eatre vivant, cach\u00e9, prisonnier; je la sentais et je la d\u00e9sirais encore ; j&#8217;avais de nouveau le <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_728_3029\"><strong>besoin\u00a0<span id=\"id2bee82d7a3e5d82507986514e7a8b35b\" class=\"rolloverEnabledSpan\">imp\u00e9rieux<\/span><\/strong><\/a><span id=\"id2bee82d7a3e5d82507986514e7a8b35b\" class=\"rolloverEnabledSpan\">\u00a0<\/span>de la reprendre, de la palper, de m&#8217;\u00e9nerver jusqu&#8217;au malaise par ce contact froid, glissant, irritant, affolant, d\u00e9licieux.<br \/>\nJe v\u00e9cus ainsi un mois ou deux, je ne sais plus. Elle m&#8217;obs\u00e9dait, me hantait. J&#8217;\u00e9tais heureux et tortur\u00e9, comme dans une attente d&#8217;amour, comme apr\u00e8s les aveux qui pr\u00e9c\u00e8dent <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_728_3030\"><strong>l'<span id=\"id034ce6933993d899d2d8f5602d78da0e\" class=\"rolloverEnabledSpan\">\u00e9treinte<\/span><\/strong><\/a><span id=\"id034ce6933993d899d2d8f5602d78da0e\" class=\"rolloverEnabledSpan\"><\/span>.<br \/>\nJe m&#8217;enfermais seul avec elle pour la sentir sur ma peau, pour enfoncer mes l\u00e8vres dedans, pour la baiser, la mordre. Je l&#8217;enroulais autour de mon visage, je la buvais, je noyais mes yeux dans son onde dor\u00e9e afin de voir le jour blond, \u00e0 travers.<br \/>\nJe l&#8217;aimais ! Oui, je l&#8217;aimais. Je ne pouvais plus me passer d&#8217;elle, ni rester une heure sans la revoir.<br \/>\nEt j&#8217;attendais&#8230;j&#8217;attendais&#8230;quoi ? Je ne le savais pas ?<br \/>\n&#8211; Elle.<br \/>\nUne nuit je me r\u00e9veillai brusquement avec la pens\u00e9e que je ne me trouvais pas seul dans ma chambre.<br \/>\nJ&#8217;\u00e9tais seul pourtant. Mais je ne pus me rendormir ; et comme je m&#8217;agitais dans une fi\u00e8vre d&#8217;insomnie, je me levai pour aller toucher la chevelure. Elle me parut plus douce que de coutume, plus anim\u00e9e. Les morts reviennent-ils\u00a0? Les baisers dont je la r\u00e9chauffais me faisaient\u00a0<span id=\"id747527f9fd1f98bc94e224c4623900ea\" class=\"rolloverEnabledSpan\"><a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_728_3031\"><strong>d\u00e9faillir<\/strong><\/a><\/span>\u00a0de bonheur ; et je l&#8217;emportai dans mon lit, et je me couchai, en la pressant sur mes l\u00e8vres,\u00a0comme une ma\u00eetresse qu&#8217;on va poss\u00e9der.<br \/>\nLes morts reviennent ! Elle est venue. Oui, je l&#8217;ai vue, je l&#8217;ai tenue, je l&#8217;ai eue, telle qu&#8217;elle \u00e9tait vivante autrefois, grande, blonde, grasse, les seins froids, la hanche en forme de lyre; et j&#8217;ai parcouru de mes caresses cette ligne ondulante et divine qui va de la gorge aux pieds en suivant toutes les courbes de la chair.<br \/>\nOui, je l&#8217;ai eue, tous les jours, toutes les nuits. Elle est revenue, la Morte, la belle morte, l&#8217;Adorable, la Myst\u00e9rieuse, l&#8217;Inconnue, toutes les nuits.<br \/>\nMon bonheur fut si grand, que je ne l&#8217;ai pu cacher. J&#8217;\u00e9prouvais pr\u00e8s d&#8217;elle un ravissement surhumain, la joie profonde, inexplicable, de poss\u00e9der <a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_728_3032\"><strong>l'<span id=\"id78b3e1b20c985886b53a2cf73478d59e\" class=\"rolloverEnabledSpan\">Insaisissable<\/span><\/strong><\/a><span id=\"id78b3e1b20c985886b53a2cf73478d59e\" class=\"rolloverEnabledSpan\"><\/span>, l&#8217;Invisible, la Morte ! Nul amant ne go\u00fbta des jouissances plus ardentes, plus terribles !<br \/>\nJe n&#8217;ai point su cacher mon bonheur. Je l&#8217;aimais si fort que je n&#8217;ai plus voulu la quitter. Je l&#8217;ai emport\u00e9e avec moi toujours, partout. Je l&#8217;ai promen\u00e9e par la ville comme ma femme, et conduite au th\u00e9\u00e2tre en des loges grill\u00e9es, comme ma ma\u00eetresse&#8230;<br \/>\nMais on l&#8217;a vue &#8230; on a devin\u00e9 &#8230; on me l&#8217;a prise &#8230; Et on m&#8217;a jet\u00e9 dans une prison, comme un malfaiteur. On l&#8217;a prise &#8230; oh ! mis\u00e8re !&#8230;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<p><strong><em>Excipit :\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Le manuscrit s&#8217;arr\u00eatait l\u00e0. Et soudain, comme je relevais sur le m\u00e9decin des yeux effar\u00e9s, un cri \u00e9pouvantable, un hurlement de fureur impuissante et de d\u00e9sir exasp\u00e9r\u00e9 s&#8217;\u00e9leva dans l&#8217;asile.<br \/>\n&#8220;Ecoutez-le, dit le docteur. Il faut doucher cinq fois par jour ce fou obsc\u00e8ne. Il n&#8217;y a pas que le sergent Bertrand qui ait aim\u00e9 les mortes.&#8221;<br \/>\nJe balbutiai, \u00e9mu d&#8217;\u00e9tonnement, d&#8217;horreur et de piti\u00e9:<br \/>\n&#8220;Mais&#8230; cette chevelure&#8230; existe-t-elle r\u00e9ellement\u00a0?&#8221;<br \/>\nLe m\u00e9decin se leva, ouvrit une armoire pleine de\u00a0<span id=\"idbb6ce34c209cd38566e7a6472c4def35\" class=\"rolloverEnabledSpan\"><a class=\"glossary-term\" aria-haspopup=\"dialog\" aria-describedby=\"definition\" href=\"#term_728_3033\"><strong>fioles<\/strong><\/a><\/span>\u00a0et d&#8217;instruments et il me jeta, \u00e0 travers son cabinet, une longue fus\u00e9e de cheveux blonds qui vola vers moi comme un oiseau d&#8217;or.<br \/>\nJe fr\u00e9mis en sentant sur mes mains son toucher caressant et l\u00e9ger. Et je restai le coeur battant de d\u00e9go\u00fbt et d&#8217;envie, de d\u00e9go\u00fbt comme au contact des objets tra\u00een\u00e9s dans les crimes, d&#8217;envie comme devant la tentation d&#8217;une chose inf\u00e2me et myst\u00e9rieuse.<br \/>\nLe m\u00e9decin reprit en haussant les \u00e9paules :<br \/>\n&#8220;L&#8217;esprit de l&#8217;homme est capable de tout.&#8221;<\/p>\n<hr \/>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-726 aligncenter\" src=\"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/app\/uploads\/sites\/69\/2020\/02\/chevelure-223x300.gif\" alt=\"\" width=\"223\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/app\/uploads\/sites\/69\/2020\/02\/chevelure-223x300.gif 223w, https:\/\/integrations.pressbooks.network\/app\/uploads\/sites\/69\/2020\/02\/chevelure-65x87.gif 65w, https:\/\/integrations.pressbooks.network\/app\/uploads\/sites\/69\/2020\/02\/chevelure-225x303.gif 225w, https:\/\/integrations.pressbooks.network\/app\/uploads\/sites\/69\/2020\/02\/chevelure-350x471.gif 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 223px) 100vw, 223px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span id=\"id2b9f0dd3-6086-587f-df29-308fc319622d\" class=\"dam_lg_auteur\">Henri-Edmond Cross<\/span><span id=\"id1c463d94-7c47-986a-a94f-374b09d88911\" class=\"dam_lg_titre\">,\u00a0<em>La chevelure<\/em><\/span><span id=\"ida6395661-8c52-79e6-95b1-aa4348a46278\" class=\"dam_lg_date\">\u00a0(vers 1892<\/span>)<\/p>\n<div class=\"glossary\"><span class=\"screen-reader-text\" id=\"definition\">definition<\/span><template id=\"term_728_3019\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_728_3019\"><div tabindex=\"-1\"><p>oxyde m\u00e9tallique dont on peut se servir pour blanchir un mur<\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_728_3020\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_728_3020\"><div tabindex=\"-1\"><p>trou\u00e9e<\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_728_3021\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_728_3021\"><div tabindex=\"-1\"><p>rong\u00e9 = d\u00e9vor\u00e9 par<\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_728_3022\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_728_3022\"><div tabindex=\"-1\"><p>minait = attaquer, affaiblir<\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_728_3023\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_728_3023\"><div tabindex=\"-1\"><p>rides = marques de vieillesse sur le visage<\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_728_3024\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_728_3024\"><div tabindex=\"-1\"><p>en train de s'agiter<\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_728_3025\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_728_3025\"><div tabindex=\"-1\"><p>\u00e2me bless\u00e9e par<\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_728_3026\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_728_3026\"><div tabindex=\"-1\"><p>ravissement = extase<\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_728_3027\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_728_3027\"><div tabindex=\"-1\"><p>n\u00e9ant = (<em>nothingness<\/em>, en anglais)<\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_728_3028\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_728_3028\"><div tabindex=\"-1\"><p><em>tickle<\/em> (en anglais)<\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_728_3029\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_728_3029\"><div tabindex=\"-1\"><p>besoin pressant<\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_728_3030\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_728_3030\"><div tabindex=\"-1\"><p><em>embrace<\/em> (en anglais)<\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_728_3031\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_728_3031\"><div tabindex=\"-1\"><p>perdre connaissance<\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_728_3032\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_728_3032\"><div tabindex=\"-1\"><p>ce que l'on ne peut ni saisir ni comprendre<\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><template id=\"term_728_3033\"><div class=\"glossary__definition\" role=\"dialog\" data-id=\"term_728_3033\"><div tabindex=\"-1\"><p>petites bouteilles o\u00f9 on met des m\u00e9dicaments ou des parfums<\/p>\n<\/div><button><span aria-hidden=\"true\">&times;<\/span><span class=\"screen-reader-text\">Close definition<\/span><\/button><\/div><\/template><\/div>","protected":false},"author":14,"menu_order":6,"template":"","meta":{"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":[],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[],"license":[],"class_list":["post-728","chapter","type-chapter","status-publish","hentry"],"part":693,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/frenchcscr\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/728","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/frenchcscr\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/frenchcscr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/frenchcscr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/14"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/frenchcscr\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/728\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3284,"href":"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/frenchcscr\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/728\/revisions\/3284"}],"part":[{"href":"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/frenchcscr\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/693"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/frenchcscr\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/728\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/frenchcscr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=728"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/frenchcscr\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=728"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/frenchcscr\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=728"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/frenchcscr\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=728"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}