{"id":417,"date":"2018-08-02T17:48:09","date_gmt":"2018-08-02T17:48:09","guid":{"rendered":"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/frenchcscr\/chapter\/assignment-voltaire-candide-excipit\/"},"modified":"2020-02-13T15:27:56","modified_gmt":"2020-02-13T15:27:56","slug":"assignment-voltaire-candide-excipit","status":"publish","type":"chapter","link":"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/frenchcscr\/chapter\/assignment-voltaire-candide-excipit\/","title":{"raw":"Assignment: Voltaire, Candide (excipit)","rendered":"Assignment: Voltaire, Candide (excipit)"},"content":{"raw":"<img class=\"alignnone size-medium wp-image-413 aligncenter\" src=\"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/app\/uploads\/sites\/69\/2018\/09\/candide-cover-183x300.jpg\" alt=\"\" width=\"183\" height=\"300\">\n\n[audio mp3=\"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/app\/uploads\/sites\/69\/2020\/02\/Candide-intro.mp3\"][\/audio]\n\n<hr>\n<p style=\"text-align: center;\">Chapitre 30<\/p>\nCONCLUSION\n\nCandide, dans le fond de son coeur, n'avait aucune envie d'\u00e9pouser Cun\u00e9gonde. Mais l'impertinence extr\u00eame du baron le d\u00e9terminait \u00e0 conclure le mariage, et Cun\u00e9gonde le pressait si vivement qu'il ne pouvait s'en d\u00e9dire. Il consulta Pangloss, Martin et le fid\u00e8le Cacambo. Pangloss fit un beau m\u00e9moire par lequel il prouvait que le baron n'avait nul droit sur sa soeur, et qu'elle pouvait, selon toutes les lois de l'Empire, \u00e9pouser Candide de la main gauche. Martin conclut \u00e0 jeter le baron dans la mer. Cacambo d\u00e9cida qu'il fallait le rendre au levanti patron et le remettre aux gal\u00e8res ; apr\u00e8s quoi on l'enverrait \u00e0 Rome au p\u00e8re g\u00e9n\u00e9ral par le premier vaisseau. L'avis fut trouv\u00e9 fort bon ; la vieille l'approuva ; on n'en dit rien \u00e0 sa soeur ; la chose fut ex\u00e9cut\u00e9e pour quelque argent, et on eut le plaisir d'attraper un j\u00e9suite et de punir l'orgueil d'un baron allemand.\n\nIl \u00e9tait tout naturel d'imaginer qu'apr\u00e8s tant de d\u00e9sastres, Candide, mari\u00e9 avec sa ma\u00eetresse et vivant avec le philosophe Pangloss, le philosophe Martin, le prudent Cacambo et la vieille, ayant d'ailleurs rapport\u00e9 tant de diamants de la patrie des anciens Incas, m\u00e8nerait la vie du monde la plus agr\u00e9able ; mais il fut tant friponn\u00e9 par les Juifs qu'il ne lui resta plus rien que sa petite m\u00e9tairie ; sa femme, devenant tous les jours plus laide, devint acari\u00e2tre et insupportable ; la vieille \u00e9tait infirme et fut encore de plus mauvaise humeur que Cun\u00e9gonde. Cacambo, qui travaillait au jardin, et qui allait vendre des l\u00e9gumes \u00e0 Constantinople,\n\u00e9tait exc\u00e9d\u00e9 de travail et maudissait sa destin\u00e9e. Pangloss \u00e9tait au d\u00e9sespoir de ne pas briller dans quelque universit\u00e9 d'Allemagne. Pour Martin, il \u00e9tait fermement persuad\u00e9 qu'on est \u00e9galement mal partout ; il prenait les choses en patience. Candide, Martin et Pangloss disputaient quelquefois de m\u00e9taphysique et de morale. On voyait souvent passer sous les fen\u00eatres de la m\u00e9tairie des bateaux charg\u00e9s d'effendis, de bachas, de cadis, qu'on envoyait en exil \u00e0 Lemnos, \u00e0 Mityl\u00e8ne, \u00e0 Erzeroum. On voyait venir d'autres cadis, d'autres bachas, d'autres effendis, qui prenaient la place des expuls\u00e9s et qui \u00e9taient expuls\u00e9s \u00e0 leur tour. On voyait des t\u00eates proprement empaill\u00e9es qu'on allait pr\u00e9senter \u00e0 la Sublime Porte. Ces spectacles faisaient redoubler les dissertations ; et quand on ne disputait pas, l'ennui \u00e9tait si excessif que la vieille osa un jour leur dire : \u00ab Je voudrais savoir lequel est le pire, ou d'\u00eatre viol\u00e9e cent fois par des pirates n\u00e8gres, d'avoir une fesse coup\u00e9e, de passer par les baguettes chez les Bulgares, d'\u00eatre fouett\u00e9 et pendu dans un auto-da-f\u00e9, d'\u00eatre diss\u00e9qu\u00e9, de ramer en gal\u00e8re, d'\u00e9prouver enfin toutes les mis\u00e8res par lesquelles nous avons tous pass\u00e9, ou bien de rester ici \u00e0 ne rien faire ?\n- C'est une grande question \u00bb, dit Candide.\n\nCe discours fit na\u00eetre de nouvelles r\u00e9flexions, et Martin surtout conclut que l'homme \u00e9tait n\u00e9 pour vivre dans les convulsions de l'inqui\u00e9tude, ou dans la l\u00e9thargie de l'ennui. Candide n'en convenait pas, mais il n'assurait rien. Pangloss avouait qu'il avait toujours horriblement souffert ; mais ayant soutenu une fois que tout allait \u00e0 merveille, il le soutenait toujours, et n'en croyait rien.\n\n(...)\n\n<hr>\n\n(...) Il y avait dans le voisinage un derviche tr\u00e8s fameux, qui passait pour le meilleur philosophe de la Turquie ; ils all\u00e8rent le consulter ; Pangloss porta la parole, et lui dit : \u00ab Ma\u00eetre, nous venons vous prier de nous dire pourquoi un aussi \u00e9trange animal que l'homme a \u00e9t\u00e9 form\u00e9.\n\n- De quoi te m\u00eales-tu ? dit le derviche, est-ce l\u00e0 ton affaire ?\n- Mais, mon R\u00e9v\u00e9rend P\u00e8re, dit Candide, il y a horriblement de mal sur la terre.\n- Qu'importe, dit le derviche, qu'il y ait du mal ou du bien ? Quand Sa Hautesse envoie un vaisseau en \u00c9gypte, s'embarrasse-t-elle si les souris qui sont dans le vaisseau sont \u00e0 leur aise ou non ?\n- Que faut-il donc faire ? dit Pangloss.\n- Te taire, dit le derviche.\n- Je me flattais, dit Pangloss, de raisonner un peu avec vous des effets et des causes, du meilleur des mondes possibles, de l'origine du mal, de la nature de l'\u00e2me et de l'harmonie pr\u00e9\u00e9tablie. \u00bb Le derviche, \u00e0 ces mots, leur ferma la porte au nez.\n\nPendant cette conversation, la nouvelle s'\u00e9tait r\u00e9pandue qu'on venait d'\u00e9trangler \u00e0 Constantinople deux vizirs du banc et le muphti, et qu'on avait empal\u00e9 plusieurs de leurs amis. Cette catastrophe faisait partout un grand bruit pendant quelques heures. Pangloss, Candide et Martin, en retournant \u00e0 la petite m\u00e9tairie, rencontr\u00e8rent un bon vieillard qui prenait le frais \u00e0 sa porte sous un berceau d'orangers. Pangloss, qui \u00e9tait aussi curieux que raisonneur, lui demanda comment se nommait le muphti qu'on venait d'\u00e9trangler. \u00ab Je n'en sais rien, r\u00e9pondit le bonhomme, et je n'ai jamais su le nom d'aucun muphti ni d'aucun vizir. J'ignore absolument l'aventure dont vous me parlez ; je pr\u00e9sume qu'en g\u00e9n\u00e9ral ceux qui se m\u00ealent des affaires publiques p\u00e9rissent quelquefois mis\u00e9rablement, et qu'ils le m\u00e9ritent ; mais je ne m'informe jamais de ce qu'on fait \u00e0 Constantinople ; je me contente d'y envoyer vendre les fruits du jardin que je cultive. \u00bb Ayant dit ces mots, il fit entrer les \u00e9trangers dans sa maison : ses deux filles et ses deux fils leur pr\u00e9sent\u00e8rent plusieurs sortes de sorbets qu'ils faisaient eux-m\u00eames, du ka\u00efmac piqu\u00e9 d'\u00e9corces de c\u00e9drat confit, des oranges, des citrons, des limons, des ananas, des pistaches, du caf\u00e9 de Moka qui n'\u00e9tait point m\u00eal\u00e9 avec le mauvais caf\u00e9 de Batavia et des \u00eeles. Apr\u00e8s quoi les deux filles de ce bon musulman parfum\u00e8rent les barbes de Candide, de Pangloss et de Martin.\n\n\u00ab Vous devez avoir, dit Candide au Turc, une vaste et magnifique terre ? - Je n'ai que vingt arpents, r\u00e9pondit le Turc ; je les cultive avec mes enfants ; le travail \u00e9loigne de nous trois grands maux : l'ennui, le vice, et le besoin. \u00bb\n\n<hr>\n\nCandide, en retournant dans sa m\u00e9tairie, fit de profondes r\u00e9flexions sur le discours du Turc. Il dit \u00e0 Pangloss et \u00e0 Martin : \u00ab Ce bon vieillard me para\u00eet s'\u00eatre fait un sort bien pr\u00e9f\u00e9rable \u00e0 celui des six rois avec qui nous avons eu l'honneur de souper.\n- Les grandeurs, dit Pangloss, sont fort dangereuses, selon le rapport de tous les philosophes : car enfin \u00c9glon, roi des Moabites, fut assassin\u00e9 par Aod ; Absalon fut pendu par les cheveux et perc\u00e9 de trois dards ; le roi Nadab, fils de J\u00e9roboam, fut tu\u00e9 par Baaza ; le roi \u00c9la, par Zambri ; Ochosias, par J\u00e9hu ; Athalia, par Jo\u00efada ; les rois Joachim, J\u00e9chonias, S\u00e9d\u00e9cias, furent esclaves. Vous savez comment p\u00e9rirent Cr\u00e9sus, Astyage, Darius, Denys de Syracuse, Pyrrhus, Pers\u00e9e, Annibal, Jugurtha, Arioviste, C\u00e9sar, Pomp\u00e9e, N\u00e9ron, Othon, Vitellius, Domitien, Richard II d'Angleterre, \u00c9douard II, Henri VI, Richard III, Marie Stuart, Charles Ier, les trois Henri de France, l'empereur Henri IV ? Vous savez...\n- Je sais aussi, dit Candide, qu'il faut cultiver notre jardin.\n- Vous avez raison, dit Pangloss : car, quand l'homme fut mis dans le jardin d'\u00c9den, il y fut mis ut operaretur eum, pour qu'il travaill\u00e2t, ce qui prouve que l'homme n'est pas n\u00e9 pour le repos.\n- Travaillons sans raisonner, dit Martin ; c'est le seul moyen de rendre la vie supportable. \u00bb\n\n<hr>\n\nToute la petite soci\u00e9t\u00e9 entra dans ce louable dessein ; chacun se mit \u00e0 exercer ses talents. La petite terre rapporta beaucoup. Cun\u00e9gonde \u00e9tait \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 bien laide ; mais elle devint une excellente p\u00e2tissi\u00e8re ; Paquette broda ; la vieille eut soin du linge. Il n'y eut pas jusqu'\u00e0 fr\u00e8re Girofl\u00e9e qui ne rend\u00eet service ; il fut un tr\u00e8s bon menuisier, et m\u00eame devint honn\u00eate homme ; et Pangloss disait quelquefois \u00e0 Candide : \u00ab Tous les \u00e9v\u00e9nements sont encha\u00een\u00e9s dans le meilleur des mondes possibles ; car enfin, si vous n'aviez pas \u00e9t\u00e9 chass\u00e9 d'un beau ch\u00e2teau \u00e0 grands coups de pied dans le derri\u00e8re pour l'amour de Mlle Cun\u00e9gonde, si vous n'aviez pas \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 l'Inquisition, si vous n'aviez pas couru l'Am\u00e9rique \u00e0 pied, si vous n'aviez pas donn\u00e9 un bon coup d'\u00e9p\u00e9e au baron, si vous n'aviez pas perdu tous vos moutons du bon pays d'Eldorado, vous ne mangeriez pas ici des c\u00e9drats confits et des pistaches.\n- Cela est bien dit, r\u00e9pondit Candide, mais il faut cultiver notre jardin. \u00bb\n<p style=\"text-align: right;\">FIN<\/p>\n\n\n<hr>\n\n<img class=\"size-medium wp-image-414 aligncenter\" src=\"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/app\/uploads\/sites\/69\/2020\/02\/nyco-candide-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"200\">\n\n[audio mp3=\"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/app\/uploads\/sites\/69\/2020\/02\/Candide-conclu.mp3\"][\/audio]","rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-413 aligncenter\" src=\"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/app\/uploads\/sites\/69\/2018\/09\/candide-cover-183x300.jpg\" alt=\"\" width=\"183\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/app\/uploads\/sites\/69\/2018\/09\/candide-cover-183x300.jpg 183w, https:\/\/integrations.pressbooks.network\/app\/uploads\/sites\/69\/2018\/09\/candide-cover-65x107.jpg 65w, https:\/\/integrations.pressbooks.network\/app\/uploads\/sites\/69\/2018\/09\/candide-cover-225x369.jpg 225w, https:\/\/integrations.pressbooks.network\/app\/uploads\/sites\/69\/2018\/09\/candide-cover.jpg 291w\" sizes=\"auto, (max-width: 183px) 100vw, 183px\" \/><\/p>\n<p><audio class=\"wp-audio-shortcode\" id=\"audio-417-1\" preload=\"none\" style=\"width: 100%;\" controls=\"controls\"><source type=\"audio\/mpeg\" src=\"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/app\/uploads\/sites\/69\/2020\/02\/Candide-intro.mp3?_=1\" \/><a href=\"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/app\/uploads\/sites\/69\/2020\/02\/Candide-intro.mp3\">https:\/\/integrations.pressbooks.network\/app\/uploads\/sites\/69\/2020\/02\/Candide-intro.mp3<\/a><\/audio><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: center;\">Chapitre 30<\/p>\n<p>CONCLUSION<\/p>\n<p>Candide, dans le fond de son coeur, n&#8217;avait aucune envie d&#8217;\u00e9pouser Cun\u00e9gonde. Mais l&#8217;impertinence extr\u00eame du baron le d\u00e9terminait \u00e0 conclure le mariage, et Cun\u00e9gonde le pressait si vivement qu&#8217;il ne pouvait s&#8217;en d\u00e9dire. Il consulta Pangloss, Martin et le fid\u00e8le Cacambo. Pangloss fit un beau m\u00e9moire par lequel il prouvait que le baron n&#8217;avait nul droit sur sa soeur, et qu&#8217;elle pouvait, selon toutes les lois de l&#8217;Empire, \u00e9pouser Candide de la main gauche. Martin conclut \u00e0 jeter le baron dans la mer. Cacambo d\u00e9cida qu&#8217;il fallait le rendre au levanti patron et le remettre aux gal\u00e8res ; apr\u00e8s quoi on l&#8217;enverrait \u00e0 Rome au p\u00e8re g\u00e9n\u00e9ral par le premier vaisseau. L&#8217;avis fut trouv\u00e9 fort bon ; la vieille l&#8217;approuva ; on n&#8217;en dit rien \u00e0 sa soeur ; la chose fut ex\u00e9cut\u00e9e pour quelque argent, et on eut le plaisir d&#8217;attraper un j\u00e9suite et de punir l&#8217;orgueil d&#8217;un baron allemand.<\/p>\n<p>Il \u00e9tait tout naturel d&#8217;imaginer qu&#8217;apr\u00e8s tant de d\u00e9sastres, Candide, mari\u00e9 avec sa ma\u00eetresse et vivant avec le philosophe Pangloss, le philosophe Martin, le prudent Cacambo et la vieille, ayant d&#8217;ailleurs rapport\u00e9 tant de diamants de la patrie des anciens Incas, m\u00e8nerait la vie du monde la plus agr\u00e9able ; mais il fut tant friponn\u00e9 par les Juifs qu&#8217;il ne lui resta plus rien que sa petite m\u00e9tairie ; sa femme, devenant tous les jours plus laide, devint acari\u00e2tre et insupportable ; la vieille \u00e9tait infirme et fut encore de plus mauvaise humeur que Cun\u00e9gonde. Cacambo, qui travaillait au jardin, et qui allait vendre des l\u00e9gumes \u00e0 Constantinople,<br \/>\n\u00e9tait exc\u00e9d\u00e9 de travail et maudissait sa destin\u00e9e. Pangloss \u00e9tait au d\u00e9sespoir de ne pas briller dans quelque universit\u00e9 d&#8217;Allemagne. Pour Martin, il \u00e9tait fermement persuad\u00e9 qu&#8217;on est \u00e9galement mal partout ; il prenait les choses en patience. Candide, Martin et Pangloss disputaient quelquefois de m\u00e9taphysique et de morale. On voyait souvent passer sous les fen\u00eatres de la m\u00e9tairie des bateaux charg\u00e9s d&#8217;effendis, de bachas, de cadis, qu&#8217;on envoyait en exil \u00e0 Lemnos, \u00e0 Mityl\u00e8ne, \u00e0 Erzeroum. On voyait venir d&#8217;autres cadis, d&#8217;autres bachas, d&#8217;autres effendis, qui prenaient la place des expuls\u00e9s et qui \u00e9taient expuls\u00e9s \u00e0 leur tour. On voyait des t\u00eates proprement empaill\u00e9es qu&#8217;on allait pr\u00e9senter \u00e0 la Sublime Porte. Ces spectacles faisaient redoubler les dissertations ; et quand on ne disputait pas, l&#8217;ennui \u00e9tait si excessif que la vieille osa un jour leur dire : \u00ab Je voudrais savoir lequel est le pire, ou d&#8217;\u00eatre viol\u00e9e cent fois par des pirates n\u00e8gres, d&#8217;avoir une fesse coup\u00e9e, de passer par les baguettes chez les Bulgares, d&#8217;\u00eatre fouett\u00e9 et pendu dans un auto-da-f\u00e9, d&#8217;\u00eatre diss\u00e9qu\u00e9, de ramer en gal\u00e8re, d&#8217;\u00e9prouver enfin toutes les mis\u00e8res par lesquelles nous avons tous pass\u00e9, ou bien de rester ici \u00e0 ne rien faire ?<br \/>\n&#8211; C&#8217;est une grande question \u00bb, dit Candide.<\/p>\n<p>Ce discours fit na\u00eetre de nouvelles r\u00e9flexions, et Martin surtout conclut que l&#8217;homme \u00e9tait n\u00e9 pour vivre dans les convulsions de l&#8217;inqui\u00e9tude, ou dans la l\u00e9thargie de l&#8217;ennui. Candide n&#8217;en convenait pas, mais il n&#8217;assurait rien. Pangloss avouait qu&#8217;il avait toujours horriblement souffert ; mais ayant soutenu une fois que tout allait \u00e0 merveille, il le soutenait toujours, et n&#8217;en croyait rien.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<hr \/>\n<p>(&#8230;) Il y avait dans le voisinage un derviche tr\u00e8s fameux, qui passait pour le meilleur philosophe de la Turquie ; ils all\u00e8rent le consulter ; Pangloss porta la parole, et lui dit : \u00ab Ma\u00eetre, nous venons vous prier de nous dire pourquoi un aussi \u00e9trange animal que l&#8217;homme a \u00e9t\u00e9 form\u00e9.<\/p>\n<p>&#8211; De quoi te m\u00eales-tu ? dit le derviche, est-ce l\u00e0 ton affaire ?<br \/>\n&#8211; Mais, mon R\u00e9v\u00e9rend P\u00e8re, dit Candide, il y a horriblement de mal sur la terre.<br \/>\n&#8211; Qu&#8217;importe, dit le derviche, qu&#8217;il y ait du mal ou du bien ? Quand Sa Hautesse envoie un vaisseau en \u00c9gypte, s&#8217;embarrasse-t-elle si les souris qui sont dans le vaisseau sont \u00e0 leur aise ou non ?<br \/>\n&#8211; Que faut-il donc faire ? dit Pangloss.<br \/>\n&#8211; Te taire, dit le derviche.<br \/>\n&#8211; Je me flattais, dit Pangloss, de raisonner un peu avec vous des effets et des causes, du meilleur des mondes possibles, de l&#8217;origine du mal, de la nature de l&#8217;\u00e2me et de l&#8217;harmonie pr\u00e9\u00e9tablie. \u00bb Le derviche, \u00e0 ces mots, leur ferma la porte au nez.<\/p>\n<p>Pendant cette conversation, la nouvelle s&#8217;\u00e9tait r\u00e9pandue qu&#8217;on venait d&#8217;\u00e9trangler \u00e0 Constantinople deux vizirs du banc et le muphti, et qu&#8217;on avait empal\u00e9 plusieurs de leurs amis. Cette catastrophe faisait partout un grand bruit pendant quelques heures. Pangloss, Candide et Martin, en retournant \u00e0 la petite m\u00e9tairie, rencontr\u00e8rent un bon vieillard qui prenait le frais \u00e0 sa porte sous un berceau d&#8217;orangers. Pangloss, qui \u00e9tait aussi curieux que raisonneur, lui demanda comment se nommait le muphti qu&#8217;on venait d&#8217;\u00e9trangler. \u00ab Je n&#8217;en sais rien, r\u00e9pondit le bonhomme, et je n&#8217;ai jamais su le nom d&#8217;aucun muphti ni d&#8217;aucun vizir. J&#8217;ignore absolument l&#8217;aventure dont vous me parlez ; je pr\u00e9sume qu&#8217;en g\u00e9n\u00e9ral ceux qui se m\u00ealent des affaires publiques p\u00e9rissent quelquefois mis\u00e9rablement, et qu&#8217;ils le m\u00e9ritent ; mais je ne m&#8217;informe jamais de ce qu&#8217;on fait \u00e0 Constantinople ; je me contente d&#8217;y envoyer vendre les fruits du jardin que je cultive. \u00bb Ayant dit ces mots, il fit entrer les \u00e9trangers dans sa maison : ses deux filles et ses deux fils leur pr\u00e9sent\u00e8rent plusieurs sortes de sorbets qu&#8217;ils faisaient eux-m\u00eames, du ka\u00efmac piqu\u00e9 d&#8217;\u00e9corces de c\u00e9drat confit, des oranges, des citrons, des limons, des ananas, des pistaches, du caf\u00e9 de Moka qui n&#8217;\u00e9tait point m\u00eal\u00e9 avec le mauvais caf\u00e9 de Batavia et des \u00eeles. Apr\u00e8s quoi les deux filles de ce bon musulman parfum\u00e8rent les barbes de Candide, de Pangloss et de Martin.<\/p>\n<p>\u00ab Vous devez avoir, dit Candide au Turc, une vaste et magnifique terre ? &#8211; Je n&#8217;ai que vingt arpents, r\u00e9pondit le Turc ; je les cultive avec mes enfants ; le travail \u00e9loigne de nous trois grands maux : l&#8217;ennui, le vice, et le besoin. \u00bb<\/p>\n<hr \/>\n<p>Candide, en retournant dans sa m\u00e9tairie, fit de profondes r\u00e9flexions sur le discours du Turc. Il dit \u00e0 Pangloss et \u00e0 Martin : \u00ab Ce bon vieillard me para\u00eet s&#8217;\u00eatre fait un sort bien pr\u00e9f\u00e9rable \u00e0 celui des six rois avec qui nous avons eu l&#8217;honneur de souper.<br \/>\n&#8211; Les grandeurs, dit Pangloss, sont fort dangereuses, selon le rapport de tous les philosophes : car enfin \u00c9glon, roi des Moabites, fut assassin\u00e9 par Aod ; Absalon fut pendu par les cheveux et perc\u00e9 de trois dards ; le roi Nadab, fils de J\u00e9roboam, fut tu\u00e9 par Baaza ; le roi \u00c9la, par Zambri ; Ochosias, par J\u00e9hu ; Athalia, par Jo\u00efada ; les rois Joachim, J\u00e9chonias, S\u00e9d\u00e9cias, furent esclaves. Vous savez comment p\u00e9rirent Cr\u00e9sus, Astyage, Darius, Denys de Syracuse, Pyrrhus, Pers\u00e9e, Annibal, Jugurtha, Arioviste, C\u00e9sar, Pomp\u00e9e, N\u00e9ron, Othon, Vitellius, Domitien, Richard II d&#8217;Angleterre, \u00c9douard II, Henri VI, Richard III, Marie Stuart, Charles Ier, les trois Henri de France, l&#8217;empereur Henri IV ? Vous savez&#8230;<br \/>\n&#8211; Je sais aussi, dit Candide, qu&#8217;il faut cultiver notre jardin.<br \/>\n&#8211; Vous avez raison, dit Pangloss : car, quand l&#8217;homme fut mis dans le jardin d&#8217;\u00c9den, il y fut mis ut operaretur eum, pour qu&#8217;il travaill\u00e2t, ce qui prouve que l&#8217;homme n&#8217;est pas n\u00e9 pour le repos.<br \/>\n&#8211; Travaillons sans raisonner, dit Martin ; c&#8217;est le seul moyen de rendre la vie supportable. \u00bb<\/p>\n<hr \/>\n<p>Toute la petite soci\u00e9t\u00e9 entra dans ce louable dessein ; chacun se mit \u00e0 exercer ses talents. La petite terre rapporta beaucoup. Cun\u00e9gonde \u00e9tait \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 bien laide ; mais elle devint une excellente p\u00e2tissi\u00e8re ; Paquette broda ; la vieille eut soin du linge. Il n&#8217;y eut pas jusqu&#8217;\u00e0 fr\u00e8re Girofl\u00e9e qui ne rend\u00eet service ; il fut un tr\u00e8s bon menuisier, et m\u00eame devint honn\u00eate homme ; et Pangloss disait quelquefois \u00e0 Candide : \u00ab Tous les \u00e9v\u00e9nements sont encha\u00een\u00e9s dans le meilleur des mondes possibles ; car enfin, si vous n&#8217;aviez pas \u00e9t\u00e9 chass\u00e9 d&#8217;un beau ch\u00e2teau \u00e0 grands coups de pied dans le derri\u00e8re pour l&#8217;amour de Mlle Cun\u00e9gonde, si vous n&#8217;aviez pas \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 l&#8217;Inquisition, si vous n&#8217;aviez pas couru l&#8217;Am\u00e9rique \u00e0 pied, si vous n&#8217;aviez pas donn\u00e9 un bon coup d&#8217;\u00e9p\u00e9e au baron, si vous n&#8217;aviez pas perdu tous vos moutons du bon pays d&#8217;Eldorado, vous ne mangeriez pas ici des c\u00e9drats confits et des pistaches.<br \/>\n&#8211; Cela est bien dit, r\u00e9pondit Candide, mais il faut cultiver notre jardin. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">FIN<\/p>\n<hr \/>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-414 aligncenter\" src=\"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/app\/uploads\/sites\/69\/2020\/02\/nyco-candide-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"200\" srcset=\"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/app\/uploads\/sites\/69\/2020\/02\/nyco-candide-300x200.jpg 300w, https:\/\/integrations.pressbooks.network\/app\/uploads\/sites\/69\/2020\/02\/nyco-candide-65x43.jpg 65w, https:\/\/integrations.pressbooks.network\/app\/uploads\/sites\/69\/2020\/02\/nyco-candide-225x150.jpg 225w, https:\/\/integrations.pressbooks.network\/app\/uploads\/sites\/69\/2020\/02\/nyco-candide-350x234.jpg 350w, https:\/\/integrations.pressbooks.network\/app\/uploads\/sites\/69\/2020\/02\/nyco-candide.jpg 400w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p><audio class=\"wp-audio-shortcode\" id=\"audio-417-2\" preload=\"none\" style=\"width: 100%;\" controls=\"controls\"><source type=\"audio\/mpeg\" src=\"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/app\/uploads\/sites\/69\/2020\/02\/Candide-conclu.mp3?_=2\" \/><a href=\"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/app\/uploads\/sites\/69\/2020\/02\/Candide-conclu.mp3\">https:\/\/integrations.pressbooks.network\/app\/uploads\/sites\/69\/2020\/02\/Candide-conclu.mp3<\/a><\/audio><\/p>\n","protected":false},"author":14,"menu_order":1,"template":"","meta":{"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":[],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[],"license":[],"class_list":["post-417","chapter","type-chapter","status-publish","hentry"],"part":412,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/frenchcscr\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/417","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/frenchcscr\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/frenchcscr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/frenchcscr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/14"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/frenchcscr\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/417\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":418,"href":"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/frenchcscr\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/417\/revisions\/418"}],"part":[{"href":"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/frenchcscr\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/412"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/frenchcscr\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/417\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/frenchcscr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=417"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/frenchcscr\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=417"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/frenchcscr\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=417"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/frenchcscr\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=417"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}