{"id":1506,"date":"2018-08-13T20:19:38","date_gmt":"2018-08-13T20:19:38","guid":{"rendered":"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/frenchcscr\/chapter\/assignment-m-ibrahim-et-les-fleurs-du-coran-l963-fin\/"},"modified":"2020-02-13T15:40:28","modified_gmt":"2020-02-13T15:40:28","slug":"assignment-m-ibrahim-et-les-fleurs-du-coran-l963-fin","status":"publish","type":"chapter","link":"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/frenchcscr\/chapter\/assignment-m-ibrahim-et-les-fleurs-du-coran-l963-fin\/","title":{"raw":"Assignment: M. Ibrahim et les Fleurs du Coran : L963-fin","rendered":"Assignment: M. Ibrahim et les Fleurs du Coran : L963-fin"},"content":{"raw":"<img class=\"alignnone size-medium wp-image-4103 aligncenter\" src=\"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/app\/uploads\/sites\/69\/2018\/08\/Monsieur-Ibrahim-starring-Pierre-Boulanger-16-400x300-1.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"225\">\n\nCette lecture interactive vous propose de revenir sur la fin du roman Monsieur Ibrahim et les Fleurs du Coran afin de mieux cerner les concepts et moments cl\u00e9s de cet extrait.\n\n&nbsp;\n\nBonne lecture !\n\n<hr>\n\nEnfin l'\u00e9t\u00e9 est arriv\u00e9 et nous avons pris la route.\nDes milliers de kilom\u00e8tres. Nous traversions toute l'Europe par le sud. Fen\u00eatres ouvertes. Nous allions au Moyen-orient. C'\u00e9tait incroyable de d\u00e9couvrir comme l'univers devenait int\u00e9ressant sit\u00f4t qu'on voyageait avec monsieur lbrahim. Comme j'\u00e9tais crisp\u00e9 sur mon volant et que je me concentrais sur la route, il me d\u00e9crivait les paysages, le ciel, les nuages, les villages, les habitants. Le babil de monsieur Ibrahim, cette voix fragile comme du papier \u00e0 cigarettes, ce piment d'accent, ces images, ces exclamations, ces \u00e9tonnements auxquels succ\u00e9daient les plus diaboliques roublardises, c'est cela, pour moi, le chemin qui m\u00e8ne de Paris \u00e0 Istanbul. L'Europe, je ne l'ai pas vue, je l'ai entendue.\n- Ouh, l\u00e0, Momo, on est chez les riches : regarde, il y a des poubelles.\n- Eh bien quoi, les poubelles ?\n- Lorsque tu veux savoir si tu es dans un endroit riche ou pauvre, tu regardes les poubelles. Si tu vois ni ordures ni poubelles, c'est tr\u00e8s riche. Si tu vois des poubelles et pas d'ordures, c'est riche. Si tu vois des ordures \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des poubelles, c'est ni riche ni pauvre : c'est touristique. Si tu vois les ordures sans les poubelles, c'est pauvre. Et si les gens habitent dans les ordures, c'est tr\u00e8s tr\u00e8s pauvre. Ici c'est riche.\n- Ben oui, c'est la Suisse !\n- Ah non, pas l'autoroute, Momo, pas l'autoroute. Les autoroutes, \u00e7a dit : passez, y a rien \u00e0 voir. C'est pour les imb\u00e9ciles qui veulent aller le plus vite d'un point \u00e0 un autre. Nous, on fait pas de la g\u00e9om\u00e9trie, on voyage. Trouve-moi de jolis petits chemins qui montrent bien tout ce qu'il y a \u00e0 voir.\n- On voit que c'est pas vous qui conduisez, m'sieur Ibrahim.\n- \u00c9coute, Momo, si tu ne veux rien voir, tu prends l'avion, comme tout le monde.\n- C'est pauvre, ici, m'sieur Ibrahim ? - Oui, c'est l'Albanie.\n- Et l\u00e0 ?\n- Arr\u00eate l'auto. Tu sens ? \u00c7a sent le bonheur, c'est la Gr\u00e8ce. Les gens sont immobiles, ils prennent le temps de nous regarder passer, ils respirent. Tu vois, Momo, moi, toute ma vie, j'aurai beaucoup travaill\u00e9, mais j'aurai travaill\u00e9 lentement, en prenant bien mon temps, je ne voulais pas faire du chiffre, ou voir d\u00e9filer les clients, non. La lenteur, c'est \u00e7a, le secret du bonheur. Qu'est-ce que tu\nveux faire plus tard ?\n- Je sais pas, monsieur lbrahim. Si, je ferai de l'import-export.\n- De l'import-export ?\nL\u00e0, j'avais marqu\u00e9 un point, j'avais trouv\u00e9 le mot magique. \u00abImport-export\u00bb, monsieur Ibrahim en avait plein la bouche, c'\u00e9tait un mot s\u00e9rieux et en m\u00eame temps aventurier, un mot qui renvoyait aux voyages, aux bateaux, aux colis, \u00e0 de gros chiffres d'affaires, un mot aussi lourd que les syllabes qu'il faisait rouler, \" import-export \" !\n- Je vous pr\u00e9sente mon fils, Momo, qui un jour fera de l'import-export.\n\n[h5p id=\"308\"]\n\n<hr>\n\nNous avions plein de jeux. Il me faisait entrer dans les monuments religieux avec un bandeau sur les yeux pour que je devine la religion \u00e0 l'odeur.\n- Ici, \u00e7a sent le cierge, c'est catholique.\n- Oui, c'est Saint-Antoine.\n- L\u00e0, \u00e7a sent l'encens, c'est orthodoxe.\n- C'est vrai, c'est Sainte-Sophie.\n- Et l\u00e0 \u00e7a sent les pieds, c'est musulman. Non, vraiment l\u00e0, \u00e7a pue trop fort...\n- Quoi ! Mais c'est la mosqu\u00e9e Bleue ! Un endroit qui sent le corps ce n'est pas assez bien pour toi ? Parce que toi, tes pieds, ils ne sentent jamais ? Un lieu de pri\u00e8re qui sent l'homme, qui est fait pour les hommes, avec des hommes dedans, \u00e7a te d\u00e9go\u00fbte ? Tu as bien des id\u00e9es de Paris, toi ! Moi, ce parfum de chaussettes, \u00e7a me rassure. Je me dis que je ne vaux pas mieux que mon voisin. Je me sens, je nous sens, donc je me sens d\u00e9j\u00e0 mieux !\n\u00c0 partir d'Istanbul, monsieur lbrahim a moins parl\u00e9. Il \u00e9tait \u00e9mu.\n- Bient\u00f4t, nous rejoindrons la mer d'o\u00f9 je viens.\n\n<hr>\n\nChaque jour il voulait que nous roulions encore plus lentement. Il voulait savourer. Il avait peur, aussi.\n- O\u00f9 elle est, cette mer dont vous venez, monsieur Ibrahim ? Montrez-moi sur la carte.\n- Ah, ne m'emb\u00eate pas avec tes cartes, Momo, on n'est pas au lyc\u00e9e, ici ! On s'est arr\u00eat\u00e9s dans un village de montagne.\n- Je suis heureux, Momo. Tu es l\u00e0 et je sais ce qu'il y a dans mon Coran. Maintenant, je veux t'emmener danser.\n- Danser, monsieur lbrahim ?\n- Il faut. Absolument. \" Le c\u0153ur de l'homme est comme un oiseau enferm\u00e9 dans la cage du corps. \" Quand tu danses, le coeur, il chante comme un oiseau qui aspire \u00e0 se fondre en Dieu. Viens, allons au tekk\u00e9.\n- Au quoi ?\n\n&nbsp;\n\n- Dr\u00f4le de dancing ! j'ai dit en passant le seuil.\n- Un tekk\u00e9 c'est pas un dancing, c'est un monast\u00e8re. Momo, pose tes chaussures. Et c'est l\u00e0 que, pour la premi\u00e8re fois, j'ai vu des hommes tourner. Les derviches portaient de grandes robes p\u00e2les, lourdes, souples. Un tambour retentissait. Et les moines se transformaient alors en toupies.\n- Tu vois, Momo ! lls tournent sur eux- m\u00eames, ils tournent autour de leur c\u0153ur qui est le lieu de la pr\u00e9sence de Dieu. C'est comme une pri\u00e8re.\n- Vous appelez \u00e7a une pri\u00e8re, vous ?\n- Mais oui, Momo. lls perdent tous les rep\u00e8res terrestres, cette pesanteur qu'on appelle l'\u00e9quilibre, ils deviennent des torches qui se consument dans un grand feu. Essaie, Momo, essaie. Suis-moi.\nEt monsieur lbrahim et moi, on s'est mis \u00e0 tourner.\nPendant les premiers tours, je me disais : Je suis heureux avec monsieur Ibrahim. Ensuite, je me disais : Je n'en veux plus \u00e0 mon p\u00e8re d'\u00eatre parti. \u00c0 la fin, je pensais m\u00eame : Apr\u00e8s tout, ma m\u00e8re n'avait pas vraiment le choix lorsqu'elle...\n- Alors, Momo, tu as senti de belles choses ?\n- Ouais, c'\u00e9tait incroyable. J'avais la haine qui se vidangeait. Si les tambours ne s'\u00e9taient pas arr\u00eat\u00e9s, j'aurais peut-\u00eatre trait\u00e9 le cas de ma m\u00e8re. C'\u00e9tait vachement agr\u00e9able de prier, m'sieur Ibrahim, m\u00eame si j'aurais pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 prier en gardant mes baskets. Plus le corps devient lourd, plus l'esprit devient l\u00e9ger.\n\u00c0 partir de ce jour-l\u00e0 on s'arr\u00eatait souvent pour danser dans des tekk\u00e9s que connaissait monsieur Ibrahim. Lui parfois il ne tournait pas, il se contentait de prendre un th\u00e9 en plissant les yeux mais, moi, je tournais comme un enrag\u00e9. Non, en fait, je tournais pour devenir un peu moins enrag\u00e9.\n\n<hr>\n\nLe soir, sur les places des villages, j'essayais de parler un peu avec les filles Je faisais un maximum d'efforts mais \u00e7a ne marchait pas tr\u00e8s fort, alors que monsieur Ibrahim, lui qui ne faisait rien d'autre que boire sa Suze anis en souriant, avec son air doux et calme, eh bien, au bout d'une heure, il avait toujours plein de monde autour de lui.\n- Tu bouges trop, Momo. Si tu veux avoir des amis, faut pas bouger.\n- Monsieur lbrahim, est-ce que vous trouvez que je suis beau ?\n- Tu es tr\u00e8s beau, Momo.\n- Non, c'est pas ce que je veux dire. Est-ce que vous croyez que je serai assez beau pour plaire aux filles... sans payer ?\n- Dans quelques ann\u00e9es, ce seront elles qui paieront pour toi !\n- Pourtant... pour le moment... le march\u00e9 est calme...\n- \u00c9videmment, Momo, tu as vu comme tu t'y prends ? Tu les fixes en ayant l'air de dire : \u00ab Vous avez vu comme je suis beau. \u00bb Alors, forc\u00e9ment, elles rigolent. Il faut que tu les regardes en ayant l'air de dire : \u00ab Je n'ai jamais vu plus belle que vous. \u00bb Pour un homme normal, je veux dire un homme comme toi et moi - pas Alain Delon ou Marlon Brando, non -, ta beaut\u00e9, c'est celle que tu trouves \u00e0 la\nfemme.\nNous regardions le soleil se faufiler entre les montagnes et le ciel qui devenait violet. Papa fixait l'\u00e9toile du soir.\n- Une \u00e9chelle a \u00e9t\u00e9 mise devant nous pour nous \u00e9vader, Momo. L'homme a d'abord \u00e9t\u00e9 min\u00e9ral, puis v\u00e9g\u00e9tal, puis animal - \u00e7a, animal, il ne peut pas l'oublier, il a souvent tendance \u00e0 le redevenir -, puis il est devenu homme dou\u00e9 de connaissance, de raison, de foi. Tu imagines le chemin que tu as parcouru de la poussi\u00e8re jusqu'\u00e0 aujourd'hui ? Et plus tard, lorsque tu auras d\u00e9pass\u00e9 ta condition d'homme, tu deviendras un ange. Tu en auras fini avec la terre. Quand tu danses, tu en as le pressentiment.\n- Mouais. Moi, en tout cas, je ne me souviens de rien. Vous vous rappelez, vous, monsieur Ibrahim, avoir \u00e9t\u00e9 une plante ?\n- Tiens, qu'est-ce que tu crois que je fais lorsque je reste des heures sans bouger sur mon tabouret, dans l'\u00e9picerie ?\n\n[h5p id=\"309\"]\n\n<hr>\n\nPuis arriva le fameux jour o\u00f9 monsieur Ibrahim m'a annonc\u00e9 qu'on allait arriver \u00e0 sa mer de naissance et rencontrer son ami Abdullah. Il \u00e9tait tout boulevers\u00e9, comme un jeune homme, il voulait d'abord y aller seul, en rep\u00e9rage, il me demanda de l'attendre sous un olivier.\nC'\u00e9tait l'heure de la sieste. Je me suis endormi contre l'arbre.\nLorsque je me suis r\u00e9veill\u00e9, le jour s'\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 enfui. J'ai attendu monsieur Ibrahim jusqu'\u00e0 minuit.\nJ'ai march\u00e9 jusqu'au village suivant. Quand je suis arriv\u00e9 sur la place, les gens se sont pr\u00e9cipit\u00e9s sur moi. Je ne comprenais pas leur langue, mais eux me parlaient avec animation, et ils semblaient tr\u00e8s bien me conna\u00eetre. Ils m'emmen\u00e8rent dans une grande maison. J'ai d'abord travers\u00e9 une longue salle o\u00f9 plusieurs femmes, accroupies, g\u00e9missaient. Puis on m'amena devant monsieur lbrahim.\nIl \u00e9tait \u00e9tendu, couvert de plaies, de bleus, de sang. La voiture s'\u00e9tait plant\u00e9e contre un mur.\nIl avait l'air tout faible.\nJe me suis jet\u00e9 sur lui. Il a rouvert les yeux et souri.\n- Momo, le voyage s'arr\u00eate l\u00e0.\n- Mais non, on n'y est pas arriv\u00e9s, \u00e0 votre mer de naissance.\n- Si, moi j'y arrive. Toutes les branches du fleuve se jettent dans la m\u00eame mer. La mer unique.\nL\u00e0, \u00e7a s'est fait malgr\u00e9 moi, je me suis mis \u00e0 pleurer.\n- Momo, je ne suis pas content.\n- J'ai peur pour vous, monsieur lbrahim.\n- Moi, je n'ai pas peur, Momo. Je sais ce qu'il y a dans mon Coran.\n\u00c7a, c'est une phrase qu'il aurait pas d\u00fb dire, \u00e7a m'a rappel\u00e9 trop de bons souvenirs, et je me suis mis \u00e0 sangloter encore plus.\n- Momo, tu pleures sur toi-m\u00eame, pas sur moi. Moi, j'ai bien v\u00e9cu. J'ai v\u00e9cu vieux. J'ai eu une femme, qui est morte il y a bien longtemps, mais que j'aime toujours autant. J'ai eu mon ami Abdullah, que tu salueras pour moi. Ma petite \u00e9picerie marchait bien. La rue Bleue, c'est une jolie rue, m\u00eame si elle n'est pas bleue. Et puis il y a eu toi.\nPour lui faire plaisir, j'ai aval\u00e9 toutes mes larmes, j'ai fait un effort et vlan : sourire !\nIl \u00e9tait content. C'est comme s'il avait eu moins mal. Vlan : sourire ! Il ferma doucement les yeux.\n- Monsieur lbrahim !\n- Chut... ne t'inqui\u00e8te pas. Je ne meurs pas Momo, je vais rejoindre l'immense. Voil\u00e0.\nJe suis rest\u00e9 un peu. Avec son ami Abdullah, on a beaucoup parl\u00e9 de papa. On a beaucoup tourn\u00e9 aussi.\nMonsieur Abdullah, c'\u00e9tait comme un monsieur lbrahim, mais un monsieur lbrahim parchemin\u00e9, plein de mots rares, de po\u00e8mes sus par coeur, un monsieur lbrahim qui aurait pass\u00e9 plus de temps \u00e0 lire qu'\u00e0 faire sonner sa caisse. Les heures o\u00f9 nous tournions au tekk\u00e9, il appelait \u00e7a la danse de l'alchimie, la danse qui transforme le cuivre en or. Il citait souvent Rumi.\nIl disait :\n\n&nbsp;\n\nL 'or n'a pas besoin de pierre philosophale, mais le cuivre oui. Am\u00e9liore-toi\nCe qui est vivant, fais-le mourir : c'est ton corps. Ce qui est mort, vivifie-le : c'est ton coeur.\nCe qui est pr\u00e9sent, cache-le : c'est le monde d'ici-bas.\nCe qui est absent, fais-le venir : c'est le monde de la vie future. Ce qui existe, an\u00e9antis-le : c'est la passion.\nCe qui n'existe pas, produis-le : c'est l'intention.\n\n<hr>\n\nAlors, aujourd'hui encore, quand \u00e7a ne va pas : Je tourne.\nJe tourne une main vers le ciel, et je tourne. Je tourne une main vers le sol, et je tourne. Le ciel tourne au-dessus de moi. La terre tourne au-dessous de moi. Je ne suis plus moi mais un de ces atomes qui tournent autour du vide qui est tout.\nComme disait monsieur lbrahim :\n- Ton intelligence est dans ta cheville et ta cheville a une fa\u00e7on de penser tr\u00e8s profonde.\nJe suis revenu en stop. Je m'en suis \" remis \u00e0 Dieu \", comme disait monsieur lbrahim lorsqu'il parlait des clochards : j'ai mendi\u00e9 et j'ai coucha dehors et \u00e7a aussi c'\u00e9tait un beau cadeau. Je ne voulais pas d\u00e9penser les billets que m'avait gliss\u00e9s monsieur Abdullah dans ma poche, en m'embrassant, juste avant que je le quitte.\nRentr\u00e9 \u00e0 Paris, j'ai d\u00e9couvert que monsieur Ibralim avait tout pr\u00e9vu. Il m'avait \u00e9mancip\u00e9 : j'\u00e9tais donc libre. Et j'h\u00e9ritais de son argent, de son \u00e9picerie, et de son Coran.\nLe notaire m'a tendu l'enveloppe grise et j'ai sorti d\u00e9licatement le vieux livre. J'allais enfin savoir ce qu'il y avait dans son Coran.\nDans son Coran, il y avait deux fleurs s\u00e9ch\u00e9es et une lettre de son ami Abdullah.\n\n[h5p id=\"310\"]\n\n<hr>\n\nMaintenant, je suis Momo, tout le monde me conna\u00eet dans la rue. Finalement, je n'ai pas fait l'import-export, j'avais juste dit \u00e7a \u00e0 monsieur lbrahim pour l'impressionner un peu.\nMa m\u00e8re, de temps en temps, elle vient me voir. Elle m'appelle Mohammed, pour pas que je me f\u00e2che, et elle me demande des nouvelles de Mo\u00efse. Je lui en donne.\nDerni\u00e8rement, je lui ai annonc\u00e9 que Mo\u00efse avait retrouv\u00e9 son fr\u00e8re Popol, et qu'ils \u00e9taient partis en voyage tous les deux, et que, \u00e0 mon avis, on les reverrait pas de sit\u00f4t. Peut-\u00eatre c'\u00e9tait m\u00eame plus la peine d'en parler. Elle a bien r\u00e9fl\u00e9chi - elle est toujours sur ses gardes avec moi - puis elle a murmur\u00e9 gentiment :\n- Apr\u00e8s tout, ce n'est peut-\u00eatre pas plus mal. Il y a des enfances qu'il faut quitter, des enfances dont il faut gu\u00e9rir.\nJe lui ai dit que la psychologie, ce n'\u00e9tait pas mon rayon : moi, c'\u00e9tait l'\u00e9picerie.\n- J'aimerais bien t'inviter un soir \u00e0 d\u00eener, Mohammed. Mon mari aussi aimerait te conna\u00eetre.\n- Qu'est-ce qu'il fait ?\n- Professeur d'anglais.\n- Et vous ?\n- Professeur d'espagnol.\n- Et on parlera quelle langue pendant le repas ? Non, je plaisantais, je suis d'accord.\nElle \u00e9tait toute rose de contentement que j'accepte, non, c'est vrai, \u00e7a faisait plaisir \u00e0 voir : on aurait dit que je venais de lui installer l'eau courante.\n- Alors, c'est vrai ? Tu viendras ?\n- Ouais, ouais.\nC'est s\u00fbr que \u00e7a fait un peu bizarre de voir deux professeurs de l'\u00e9ducation nationale recevoir Mohammed l'\u00e9picier, mais enfin, pourquoi pas ? Je suis pas raciste.\n\n&nbsp;\n\nVoil\u00e0, maintenant... le pli est pris. Tous les lundis, je vais chez eux, avec ma femme et mes enfants. Comme ils sont affectueux, mes gamins, ils l'appellent grand-maman, la prof d'espagnol, \u00e7a la fait bicher, faut voir \u00e7a ! Parfois, elle est tellement contente qu'elle me demande discr\u00e8tement si \u00e7a ne me g\u00eane pas. Je lui r\u00e9ponds que non, que j'ai le sens de l'humour.\nVoil\u00e0, maintenant je suis Momo, celui qui tient l'\u00e9picerie de la rue Bleue, la rue Bleue qui n'est pas bleue.\nPour tout le monde, je suis l'Arabe du coin.\nArabe, \u00e7a veut dire ouvert la nuit et le dimanche, dans l'\u00e9picerie.\n\n[h5p id=\"311\"]\n\n<hr>\n\nRegardez la fin du film (sur <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=YvTVtzTGCp4\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Youtube<\/a> ou sur le DVD disponible au Lab de LSS) et comparez-la \u00e0 la fin du roman : en quoi ces deux versions diff\u00e8rent-elles et laquelle pr\u00e9f\u00e9rez-vous?\n(apportez vos r\u00e9ponses en classe, nous en discuterons ensemble)","rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-4103 aligncenter\" src=\"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/app\/uploads\/sites\/69\/2018\/08\/Monsieur-Ibrahim-starring-Pierre-Boulanger-16-400x300-1.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"225\" \/><\/p>\n<p>Cette lecture interactive vous propose de revenir sur la fin du roman Monsieur Ibrahim et les Fleurs du Coran afin de mieux cerner les concepts et moments cl\u00e9s de cet extrait.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Bonne lecture !<\/p>\n<hr \/>\n<p>Enfin l&#8217;\u00e9t\u00e9 est arriv\u00e9 et nous avons pris la route.<br \/>\nDes milliers de kilom\u00e8tres. Nous traversions toute l&#8217;Europe par le sud. Fen\u00eatres ouvertes. Nous allions au Moyen-orient. C&#8217;\u00e9tait incroyable de d\u00e9couvrir comme l&#8217;univers devenait int\u00e9ressant sit\u00f4t qu&#8217;on voyageait avec monsieur lbrahim. Comme j&#8217;\u00e9tais crisp\u00e9 sur mon volant et que je me concentrais sur la route, il me d\u00e9crivait les paysages, le ciel, les nuages, les villages, les habitants. Le babil de monsieur Ibrahim, cette voix fragile comme du papier \u00e0 cigarettes, ce piment d&#8217;accent, ces images, ces exclamations, ces \u00e9tonnements auxquels succ\u00e9daient les plus diaboliques roublardises, c&#8217;est cela, pour moi, le chemin qui m\u00e8ne de Paris \u00e0 Istanbul. L&#8217;Europe, je ne l&#8217;ai pas vue, je l&#8217;ai entendue.<br \/>\n&#8211; Ouh, l\u00e0, Momo, on est chez les riches : regarde, il y a des poubelles.<br \/>\n&#8211; Eh bien quoi, les poubelles ?<br \/>\n&#8211; Lorsque tu veux savoir si tu es dans un endroit riche ou pauvre, tu regardes les poubelles. Si tu vois ni ordures ni poubelles, c&#8217;est tr\u00e8s riche. Si tu vois des poubelles et pas d&#8217;ordures, c&#8217;est riche. Si tu vois des ordures \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des poubelles, c&#8217;est ni riche ni pauvre : c&#8217;est touristique. Si tu vois les ordures sans les poubelles, c&#8217;est pauvre. Et si les gens habitent dans les ordures, c&#8217;est tr\u00e8s tr\u00e8s pauvre. Ici c&#8217;est riche.<br \/>\n&#8211; Ben oui, c&#8217;est la Suisse !<br \/>\n&#8211; Ah non, pas l&#8217;autoroute, Momo, pas l&#8217;autoroute. Les autoroutes, \u00e7a dit : passez, y a rien \u00e0 voir. C&#8217;est pour les imb\u00e9ciles qui veulent aller le plus vite d&#8217;un point \u00e0 un autre. Nous, on fait pas de la g\u00e9om\u00e9trie, on voyage. Trouve-moi de jolis petits chemins qui montrent bien tout ce qu&#8217;il y a \u00e0 voir.<br \/>\n&#8211; On voit que c&#8217;est pas vous qui conduisez, m&#8217;sieur Ibrahim.<br \/>\n&#8211; \u00c9coute, Momo, si tu ne veux rien voir, tu prends l&#8217;avion, comme tout le monde.<br \/>\n&#8211; C&#8217;est pauvre, ici, m&#8217;sieur Ibrahim ? &#8211; Oui, c&#8217;est l&#8217;Albanie.<br \/>\n&#8211; Et l\u00e0 ?<br \/>\n&#8211; Arr\u00eate l&#8217;auto. Tu sens ? \u00c7a sent le bonheur, c&#8217;est la Gr\u00e8ce. Les gens sont immobiles, ils prennent le temps de nous regarder passer, ils respirent. Tu vois, Momo, moi, toute ma vie, j&#8217;aurai beaucoup travaill\u00e9, mais j&#8217;aurai travaill\u00e9 lentement, en prenant bien mon temps, je ne voulais pas faire du chiffre, ou voir d\u00e9filer les clients, non. La lenteur, c&#8217;est \u00e7a, le secret du bonheur. Qu&#8217;est-ce que tu<br \/>\nveux faire plus tard ?<br \/>\n&#8211; Je sais pas, monsieur lbrahim. Si, je ferai de l&#8217;import-export.<br \/>\n&#8211; De l&#8217;import-export ?<br \/>\nL\u00e0, j&#8217;avais marqu\u00e9 un point, j&#8217;avais trouv\u00e9 le mot magique. \u00abImport-export\u00bb, monsieur Ibrahim en avait plein la bouche, c&#8217;\u00e9tait un mot s\u00e9rieux et en m\u00eame temps aventurier, un mot qui renvoyait aux voyages, aux bateaux, aux colis, \u00e0 de gros chiffres d&#8217;affaires, un mot aussi lourd que les syllabes qu&#8217;il faisait rouler, &#8221; import-export &#8221; !<br \/>\n&#8211; Je vous pr\u00e9sente mon fils, Momo, qui un jour fera de l&#8217;import-export.<\/p>\n<div id=\"h5p-308\">\n<div class=\"h5p-iframe-wrapper\"><iframe id=\"h5p-iframe-308\" class=\"h5p-iframe\" data-content-id=\"308\" style=\"height:1px\" src=\"about:blank\" frameBorder=\"0\" scrolling=\"no\" title=\"Schmitt_Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran p. 53-fin_1_pays destination\"><\/iframe><\/div>\n<\/div>\n<hr \/>\n<p>Nous avions plein de jeux. Il me faisait entrer dans les monuments religieux avec un bandeau sur les yeux pour que je devine la religion \u00e0 l&#8217;odeur.<br \/>\n&#8211; Ici, \u00e7a sent le cierge, c&#8217;est catholique.<br \/>\n&#8211; Oui, c&#8217;est Saint-Antoine.<br \/>\n&#8211; L\u00e0, \u00e7a sent l&#8217;encens, c&#8217;est orthodoxe.<br \/>\n&#8211; C&#8217;est vrai, c&#8217;est Sainte-Sophie.<br \/>\n&#8211; Et l\u00e0 \u00e7a sent les pieds, c&#8217;est musulman. Non, vraiment l\u00e0, \u00e7a pue trop fort&#8230;<br \/>\n&#8211; Quoi ! Mais c&#8217;est la mosqu\u00e9e Bleue ! Un endroit qui sent le corps ce n&#8217;est pas assez bien pour toi ? Parce que toi, tes pieds, ils ne sentent jamais ? Un lieu de pri\u00e8re qui sent l&#8217;homme, qui est fait pour les hommes, avec des hommes dedans, \u00e7a te d\u00e9go\u00fbte ? Tu as bien des id\u00e9es de Paris, toi ! Moi, ce parfum de chaussettes, \u00e7a me rassure. Je me dis que je ne vaux pas mieux que mon voisin. Je me sens, je nous sens, donc je me sens d\u00e9j\u00e0 mieux !<br \/>\n\u00c0 partir d&#8217;Istanbul, monsieur lbrahim a moins parl\u00e9. Il \u00e9tait \u00e9mu.<br \/>\n&#8211; Bient\u00f4t, nous rejoindrons la mer d&#8217;o\u00f9 je viens.<\/p>\n<hr \/>\n<p>Chaque jour il voulait que nous roulions encore plus lentement. Il voulait savourer. Il avait peur, aussi.<br \/>\n&#8211; O\u00f9 elle est, cette mer dont vous venez, monsieur Ibrahim ? Montrez-moi sur la carte.<br \/>\n&#8211; Ah, ne m&#8217;emb\u00eate pas avec tes cartes, Momo, on n&#8217;est pas au lyc\u00e9e, ici ! On s&#8217;est arr\u00eat\u00e9s dans un village de montagne.<br \/>\n&#8211; Je suis heureux, Momo. Tu es l\u00e0 et je sais ce qu&#8217;il y a dans mon Coran. Maintenant, je veux t&#8217;emmener danser.<br \/>\n&#8211; Danser, monsieur lbrahim ?<br \/>\n&#8211; Il faut. Absolument. &#8221; Le c\u0153ur de l&#8217;homme est comme un oiseau enferm\u00e9 dans la cage du corps. &#8221; Quand tu danses, le coeur, il chante comme un oiseau qui aspire \u00e0 se fondre en Dieu. Viens, allons au tekk\u00e9.<br \/>\n&#8211; Au quoi ?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&#8211; Dr\u00f4le de dancing ! j&#8217;ai dit en passant le seuil.<br \/>\n&#8211; Un tekk\u00e9 c&#8217;est pas un dancing, c&#8217;est un monast\u00e8re. Momo, pose tes chaussures. Et c&#8217;est l\u00e0 que, pour la premi\u00e8re fois, j&#8217;ai vu des hommes tourner. Les derviches portaient de grandes robes p\u00e2les, lourdes, souples. Un tambour retentissait. Et les moines se transformaient alors en toupies.<br \/>\n&#8211; Tu vois, Momo ! lls tournent sur eux- m\u00eames, ils tournent autour de leur c\u0153ur qui est le lieu de la pr\u00e9sence de Dieu. C&#8217;est comme une pri\u00e8re.<br \/>\n&#8211; Vous appelez \u00e7a une pri\u00e8re, vous ?<br \/>\n&#8211; Mais oui, Momo. lls perdent tous les rep\u00e8res terrestres, cette pesanteur qu&#8217;on appelle l&#8217;\u00e9quilibre, ils deviennent des torches qui se consument dans un grand feu. Essaie, Momo, essaie. Suis-moi.<br \/>\nEt monsieur lbrahim et moi, on s&#8217;est mis \u00e0 tourner.<br \/>\nPendant les premiers tours, je me disais : Je suis heureux avec monsieur Ibrahim. Ensuite, je me disais : Je n&#8217;en veux plus \u00e0 mon p\u00e8re d&#8217;\u00eatre parti. \u00c0 la fin, je pensais m\u00eame : Apr\u00e8s tout, ma m\u00e8re n&#8217;avait pas vraiment le choix lorsqu&#8217;elle&#8230;<br \/>\n&#8211; Alors, Momo, tu as senti de belles choses ?<br \/>\n&#8211; Ouais, c&#8217;\u00e9tait incroyable. J&#8217;avais la haine qui se vidangeait. Si les tambours ne s&#8217;\u00e9taient pas arr\u00eat\u00e9s, j&#8217;aurais peut-\u00eatre trait\u00e9 le cas de ma m\u00e8re. C&#8217;\u00e9tait vachement agr\u00e9able de prier, m&#8217;sieur Ibrahim, m\u00eame si j&#8217;aurais pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 prier en gardant mes baskets. Plus le corps devient lourd, plus l&#8217;esprit devient l\u00e9ger.<br \/>\n\u00c0 partir de ce jour-l\u00e0 on s&#8217;arr\u00eatait souvent pour danser dans des tekk\u00e9s que connaissait monsieur Ibrahim. Lui parfois il ne tournait pas, il se contentait de prendre un th\u00e9 en plissant les yeux mais, moi, je tournais comme un enrag\u00e9. Non, en fait, je tournais pour devenir un peu moins enrag\u00e9.<\/p>\n<hr \/>\n<p>Le soir, sur les places des villages, j&#8217;essayais de parler un peu avec les filles Je faisais un maximum d&#8217;efforts mais \u00e7a ne marchait pas tr\u00e8s fort, alors que monsieur Ibrahim, lui qui ne faisait rien d&#8217;autre que boire sa Suze anis en souriant, avec son air doux et calme, eh bien, au bout d&#8217;une heure, il avait toujours plein de monde autour de lui.<br \/>\n&#8211; Tu bouges trop, Momo. Si tu veux avoir des amis, faut pas bouger.<br \/>\n&#8211; Monsieur lbrahim, est-ce que vous trouvez que je suis beau ?<br \/>\n&#8211; Tu es tr\u00e8s beau, Momo.<br \/>\n&#8211; Non, c&#8217;est pas ce que je veux dire. Est-ce que vous croyez que je serai assez beau pour plaire aux filles&#8230; sans payer ?<br \/>\n&#8211; Dans quelques ann\u00e9es, ce seront elles qui paieront pour toi !<br \/>\n&#8211; Pourtant&#8230; pour le moment&#8230; le march\u00e9 est calme&#8230;<br \/>\n&#8211; \u00c9videmment, Momo, tu as vu comme tu t&#8217;y prends ? Tu les fixes en ayant l&#8217;air de dire : \u00ab Vous avez vu comme je suis beau. \u00bb Alors, forc\u00e9ment, elles rigolent. Il faut que tu les regardes en ayant l&#8217;air de dire : \u00ab Je n&#8217;ai jamais vu plus belle que vous. \u00bb Pour un homme normal, je veux dire un homme comme toi et moi &#8211; pas Alain Delon ou Marlon Brando, non -, ta beaut\u00e9, c&#8217;est celle que tu trouves \u00e0 la<br \/>\nfemme.<br \/>\nNous regardions le soleil se faufiler entre les montagnes et le ciel qui devenait violet. Papa fixait l&#8217;\u00e9toile du soir.<br \/>\n&#8211; Une \u00e9chelle a \u00e9t\u00e9 mise devant nous pour nous \u00e9vader, Momo. L&#8217;homme a d&#8217;abord \u00e9t\u00e9 min\u00e9ral, puis v\u00e9g\u00e9tal, puis animal &#8211; \u00e7a, animal, il ne peut pas l&#8217;oublier, il a souvent tendance \u00e0 le redevenir -, puis il est devenu homme dou\u00e9 de connaissance, de raison, de foi. Tu imagines le chemin que tu as parcouru de la poussi\u00e8re jusqu&#8217;\u00e0 aujourd&#8217;hui ? Et plus tard, lorsque tu auras d\u00e9pass\u00e9 ta condition d&#8217;homme, tu deviendras un ange. Tu en auras fini avec la terre. Quand tu danses, tu en as le pressentiment.<br \/>\n&#8211; Mouais. Moi, en tout cas, je ne me souviens de rien. Vous vous rappelez, vous, monsieur Ibrahim, avoir \u00e9t\u00e9 une plante ?<br \/>\n&#8211; Tiens, qu&#8217;est-ce que tu crois que je fais lorsque je reste des heures sans bouger sur mon tabouret, dans l&#8217;\u00e9picerie ?<\/p>\n<div id=\"h5p-309\">\n<div class=\"h5p-iframe-wrapper\"><iframe id=\"h5p-iframe-309\" class=\"h5p-iframe\" data-content-id=\"309\" style=\"height:1px\" src=\"about:blank\" frameBorder=\"0\" scrolling=\"no\" title=\"Schmitt_Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran p. 53-fin_12_\u00e9volution homme stade final\"><\/iframe><\/div>\n<\/div>\n<hr \/>\n<p>Puis arriva le fameux jour o\u00f9 monsieur Ibrahim m&#8217;a annonc\u00e9 qu&#8217;on allait arriver \u00e0 sa mer de naissance et rencontrer son ami Abdullah. Il \u00e9tait tout boulevers\u00e9, comme un jeune homme, il voulait d&#8217;abord y aller seul, en rep\u00e9rage, il me demanda de l&#8217;attendre sous un olivier.<br \/>\nC&#8217;\u00e9tait l&#8217;heure de la sieste. Je me suis endormi contre l&#8217;arbre.<br \/>\nLorsque je me suis r\u00e9veill\u00e9, le jour s&#8217;\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 enfui. J&#8217;ai attendu monsieur Ibrahim jusqu&#8217;\u00e0 minuit.<br \/>\nJ&#8217;ai march\u00e9 jusqu&#8217;au village suivant. Quand je suis arriv\u00e9 sur la place, les gens se sont pr\u00e9cipit\u00e9s sur moi. Je ne comprenais pas leur langue, mais eux me parlaient avec animation, et ils semblaient tr\u00e8s bien me conna\u00eetre. Ils m&#8217;emmen\u00e8rent dans une grande maison. J&#8217;ai d&#8217;abord travers\u00e9 une longue salle o\u00f9 plusieurs femmes, accroupies, g\u00e9missaient. Puis on m&#8217;amena devant monsieur lbrahim.<br \/>\nIl \u00e9tait \u00e9tendu, couvert de plaies, de bleus, de sang. La voiture s&#8217;\u00e9tait plant\u00e9e contre un mur.<br \/>\nIl avait l&#8217;air tout faible.<br \/>\nJe me suis jet\u00e9 sur lui. Il a rouvert les yeux et souri.<br \/>\n&#8211; Momo, le voyage s&#8217;arr\u00eate l\u00e0.<br \/>\n&#8211; Mais non, on n&#8217;y est pas arriv\u00e9s, \u00e0 votre mer de naissance.<br \/>\n&#8211; Si, moi j&#8217;y arrive. Toutes les branches du fleuve se jettent dans la m\u00eame mer. La mer unique.<br \/>\nL\u00e0, \u00e7a s&#8217;est fait malgr\u00e9 moi, je me suis mis \u00e0 pleurer.<br \/>\n&#8211; Momo, je ne suis pas content.<br \/>\n&#8211; J&#8217;ai peur pour vous, monsieur lbrahim.<br \/>\n&#8211; Moi, je n&#8217;ai pas peur, Momo. Je sais ce qu&#8217;il y a dans mon Coran.<br \/>\n\u00c7a, c&#8217;est une phrase qu&#8217;il aurait pas d\u00fb dire, \u00e7a m&#8217;a rappel\u00e9 trop de bons souvenirs, et je me suis mis \u00e0 sangloter encore plus.<br \/>\n&#8211; Momo, tu pleures sur toi-m\u00eame, pas sur moi. Moi, j&#8217;ai bien v\u00e9cu. J&#8217;ai v\u00e9cu vieux. J&#8217;ai eu une femme, qui est morte il y a bien longtemps, mais que j&#8217;aime toujours autant. J&#8217;ai eu mon ami Abdullah, que tu salueras pour moi. Ma petite \u00e9picerie marchait bien. La rue Bleue, c&#8217;est une jolie rue, m\u00eame si elle n&#8217;est pas bleue. Et puis il y a eu toi.<br \/>\nPour lui faire plaisir, j&#8217;ai aval\u00e9 toutes mes larmes, j&#8217;ai fait un effort et vlan : sourire !<br \/>\nIl \u00e9tait content. C&#8217;est comme s&#8217;il avait eu moins mal. Vlan : sourire ! Il ferma doucement les yeux.<br \/>\n&#8211; Monsieur lbrahim !<br \/>\n&#8211; Chut&#8230; ne t&#8217;inqui\u00e8te pas. Je ne meurs pas Momo, je vais rejoindre l&#8217;immense. Voil\u00e0.<br \/>\nJe suis rest\u00e9 un peu. Avec son ami Abdullah, on a beaucoup parl\u00e9 de papa. On a beaucoup tourn\u00e9 aussi.<br \/>\nMonsieur Abdullah, c&#8217;\u00e9tait comme un monsieur lbrahim, mais un monsieur lbrahim parchemin\u00e9, plein de mots rares, de po\u00e8mes sus par coeur, un monsieur lbrahim qui aurait pass\u00e9 plus de temps \u00e0 lire qu&#8217;\u00e0 faire sonner sa caisse. Les heures o\u00f9 nous tournions au tekk\u00e9, il appelait \u00e7a la danse de l&#8217;alchimie, la danse qui transforme le cuivre en or. Il citait souvent Rumi.<br \/>\nIl disait :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L &#8216;or n&#8217;a pas besoin de pierre philosophale, mais le cuivre oui. Am\u00e9liore-toi<br \/>\nCe qui est vivant, fais-le mourir : c&#8217;est ton corps. Ce qui est mort, vivifie-le : c&#8217;est ton coeur.<br \/>\nCe qui est pr\u00e9sent, cache-le : c&#8217;est le monde d&#8217;ici-bas.<br \/>\nCe qui est absent, fais-le venir : c&#8217;est le monde de la vie future. Ce qui existe, an\u00e9antis-le : c&#8217;est la passion.<br \/>\nCe qui n&#8217;existe pas, produis-le : c&#8217;est l&#8217;intention.<\/p>\n<hr \/>\n<p>Alors, aujourd&#8217;hui encore, quand \u00e7a ne va pas : Je tourne.<br \/>\nJe tourne une main vers le ciel, et je tourne. Je tourne une main vers le sol, et je tourne. Le ciel tourne au-dessus de moi. La terre tourne au-dessous de moi. Je ne suis plus moi mais un de ces atomes qui tournent autour du vide qui est tout.<br \/>\nComme disait monsieur lbrahim :<br \/>\n&#8211; Ton intelligence est dans ta cheville et ta cheville a une fa\u00e7on de penser tr\u00e8s profonde.<br \/>\nJe suis revenu en stop. Je m&#8217;en suis &#8221; remis \u00e0 Dieu &#8220;, comme disait monsieur lbrahim lorsqu&#8217;il parlait des clochards : j&#8217;ai mendi\u00e9 et j&#8217;ai coucha dehors et \u00e7a aussi c&#8217;\u00e9tait un beau cadeau. Je ne voulais pas d\u00e9penser les billets que m&#8217;avait gliss\u00e9s monsieur Abdullah dans ma poche, en m&#8217;embrassant, juste avant que je le quitte.<br \/>\nRentr\u00e9 \u00e0 Paris, j&#8217;ai d\u00e9couvert que monsieur Ibralim avait tout pr\u00e9vu. Il m&#8217;avait \u00e9mancip\u00e9 : j&#8217;\u00e9tais donc libre. Et j&#8217;h\u00e9ritais de son argent, de son \u00e9picerie, et de son Coran.<br \/>\nLe notaire m&#8217;a tendu l&#8217;enveloppe grise et j&#8217;ai sorti d\u00e9licatement le vieux livre. J&#8217;allais enfin savoir ce qu&#8217;il y avait dans son Coran.<br \/>\nDans son Coran, il y avait deux fleurs s\u00e9ch\u00e9es et une lettre de son ami Abdullah.<\/p>\n<div id=\"h5p-310\">\n<div class=\"h5p-iframe-wrapper\"><iframe id=\"h5p-iframe-310\" class=\"h5p-iframe\" data-content-id=\"310\" style=\"height:1px\" src=\"about:blank\" frameBorder=\"0\" scrolling=\"no\" title=\"Schmitt_Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran p. 53-fin_17_deux fleurs s\u00e9ch\u00e9es lettre ami Abdullah\"><\/iframe><\/div>\n<\/div>\n<hr \/>\n<p>Maintenant, je suis Momo, tout le monde me conna\u00eet dans la rue. Finalement, je n&#8217;ai pas fait l&#8217;import-export, j&#8217;avais juste dit \u00e7a \u00e0 monsieur lbrahim pour l&#8217;impressionner un peu.<br \/>\nMa m\u00e8re, de temps en temps, elle vient me voir. Elle m&#8217;appelle Mohammed, pour pas que je me f\u00e2che, et elle me demande des nouvelles de Mo\u00efse. Je lui en donne.<br \/>\nDerni\u00e8rement, je lui ai annonc\u00e9 que Mo\u00efse avait retrouv\u00e9 son fr\u00e8re Popol, et qu&#8217;ils \u00e9taient partis en voyage tous les deux, et que, \u00e0 mon avis, on les reverrait pas de sit\u00f4t. Peut-\u00eatre c&#8217;\u00e9tait m\u00eame plus la peine d&#8217;en parler. Elle a bien r\u00e9fl\u00e9chi &#8211; elle est toujours sur ses gardes avec moi &#8211; puis elle a murmur\u00e9 gentiment :<br \/>\n&#8211; Apr\u00e8s tout, ce n&#8217;est peut-\u00eatre pas plus mal. Il y a des enfances qu&#8217;il faut quitter, des enfances dont il faut gu\u00e9rir.<br \/>\nJe lui ai dit que la psychologie, ce n&#8217;\u00e9tait pas mon rayon : moi, c&#8217;\u00e9tait l&#8217;\u00e9picerie.<br \/>\n&#8211; J&#8217;aimerais bien t&#8217;inviter un soir \u00e0 d\u00eener, Mohammed. Mon mari aussi aimerait te conna\u00eetre.<br \/>\n&#8211; Qu&#8217;est-ce qu&#8217;il fait ?<br \/>\n&#8211; Professeur d&#8217;anglais.<br \/>\n&#8211; Et vous ?<br \/>\n&#8211; Professeur d&#8217;espagnol.<br \/>\n&#8211; Et on parlera quelle langue pendant le repas ? Non, je plaisantais, je suis d&#8217;accord.<br \/>\nElle \u00e9tait toute rose de contentement que j&#8217;accepte, non, c&#8217;est vrai, \u00e7a faisait plaisir \u00e0 voir : on aurait dit que je venais de lui installer l&#8217;eau courante.<br \/>\n&#8211; Alors, c&#8217;est vrai ? Tu viendras ?<br \/>\n&#8211; Ouais, ouais.<br \/>\nC&#8217;est s\u00fbr que \u00e7a fait un peu bizarre de voir deux professeurs de l&#8217;\u00e9ducation nationale recevoir Mohammed l&#8217;\u00e9picier, mais enfin, pourquoi pas ? Je suis pas raciste.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Voil\u00e0, maintenant&#8230; le pli est pris. Tous les lundis, je vais chez eux, avec ma femme et mes enfants. Comme ils sont affectueux, mes gamins, ils l&#8217;appellent grand-maman, la prof d&#8217;espagnol, \u00e7a la fait bicher, faut voir \u00e7a ! Parfois, elle est tellement contente qu&#8217;elle me demande discr\u00e8tement si \u00e7a ne me g\u00eane pas. Je lui r\u00e9ponds que non, que j&#8217;ai le sens de l&#8217;humour.<br \/>\nVoil\u00e0, maintenant je suis Momo, celui qui tient l&#8217;\u00e9picerie de la rue Bleue, la rue Bleue qui n&#8217;est pas bleue.<br \/>\nPour tout le monde, je suis l&#8217;Arabe du coin.<br \/>\nArabe, \u00e7a veut dire ouvert la nuit et le dimanche, dans l&#8217;\u00e9picerie.<\/p>\n<div id=\"h5p-311\">\n<div class=\"h5p-iframe-wrapper\"><iframe id=\"h5p-iframe-311\" class=\"h5p-iframe\" data-content-id=\"311\" style=\"height:1px\" src=\"about:blank\" frameBorder=\"0\" scrolling=\"no\" title=\"Schmitt_Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran p. 53-fin_18_situation fin et d\u00e9but \u00e9volution\"><\/iframe><\/div>\n<\/div>\n<hr \/>\n<p>Regardez la fin du film (sur <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=YvTVtzTGCp4\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Youtube<\/a> ou sur le DVD disponible au Lab de LSS) et comparez-la \u00e0 la fin du roman : en quoi ces deux versions diff\u00e8rent-elles et laquelle pr\u00e9f\u00e9rez-vous?<br \/>\n(apportez vos r\u00e9ponses en classe, nous en discuterons ensemble)<\/p>\n","protected":false},"author":14,"menu_order":1,"template":"","meta":{"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":[],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[],"license":[],"class_list":["post-1506","chapter","type-chapter","status-publish","hentry"],"part":1504,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/frenchcscr\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/1506","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/frenchcscr\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/frenchcscr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/frenchcscr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/14"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/frenchcscr\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/1506\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3452,"href":"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/frenchcscr\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/1506\/revisions\/3452"}],"part":[{"href":"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/frenchcscr\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/1504"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/frenchcscr\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/1506\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/frenchcscr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1506"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/frenchcscr\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=1506"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/frenchcscr\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=1506"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/integrations.pressbooks.network\/frenchcscr\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=1506"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}